Vierges noires de Provence

La Provence est, après le Massif Central, la région de France où l’on trouve le plus de Vierges noires. Ce sont des statues de la Vierge, en général très anciennes, taillées dans un bois sombre ou noirci, ou peintes en noir. On ignore encore aujourd’hui l’origine de cette tradition au sein de l’Église et la raison de cette couleur noire. Ce que l’on constate, c’est que ces vierges génèrent une dévotion populaire très forte et qu’elles possèdent, outre leur couleur, des caractéristiques particulières.

Notre-Dame la Brune. Mazan (Vaucluse).

Notre-Dame la Brune. Mazan (Vaucluse).

Caractéristiques
La plus frappante de ces caractéristiques est que ces Vierges auraient été trouvées dans un sillon ou un buisson, par un animal de labour ou par une personne travaillant la terre. C’est-à-dire qu’elles ont fait un séjour prolongé au sein de la terre ou de la nature.
– Leurs statues sont très anciennes. Les plus vieilles datent des XIIIe et XIVe siècles et, même lorsqu’elles ont été remplacées par des statuettes plus récentes (ce qui est fréquent), leurs légendes les rattachent souvent au « temps des Sarrasins », au Moyen Âge ou aux Croisades.

– Pour les plus anciennes, celles qui n’ont pas été remplacées, la mère et l’enfant ont une pose hiératique, rigide ; l’enfant ressemble plus à un adulte en miniature qu’à un nourrisson. C’est une attitude que l’on dit « en majesté », reflétant plus l ‘autorité que l’empathie ou la compassion. Pour les statuettes moins anciennes, le thème de la Vierge allaitant est fréquent.

– À la campagne, elles séjournent dans des chapelles isolées. À la ville, elles sont placées dans les cryptes ou dans des chapelles latérales dans les églises.

– Ces Vierges sont parées, en particulier lors des processions, de riches habits et même de bijoux. Des offrandes leur sont faites.

– Dans la Provence intérieure, des processions les mènent à travers les terres cultivées, et pour la plupart, d’un sanctuaire vers un autre où elles séjournent un certain temps avant d’être ramenées à leur sanctuaire de départ. Sur le littoral, elles participent souvent au rite de la bénédiction de la mer.

– Les fidèles les sortaient aussi en procession lors de sécheresses ou d’autres calamités.
– Les murs de leurs chapelles sont couverts d’ex-voto, ces plaques, objets ou tableaux peints qui remercient la Vierge ou un saint pour un vœu, une demande exaucée, une guérison réputée miraculeuse ou pour avoir échappé à un grand danger.

Comme on le découvre lors de restaurations, au Moyen Âge et sous l’Ancien régime, certaines Vierges, polychrome ou dorées, ont même été repeintes en noir pour profiter de la ferveur populaire générée par les vierges noires.

Ex-voto à Notre-Dame la Brune. Mazan (Vaucluse).

Ex-voto à Notre-Dame la Brune. Mazan (Vaucluse).

Interprétation

Il semble donc qu’à travers ces Vierges, le christianisme ait assimilé la vieille religion agraire de l’Europe, avec ses rites, ses pratiques, ses prières et ses superstitions en relation avec le cycle saisonnier de mort-renaissance de la nature, sa fécondité et, par extension, la fécondité des femmes, celle du bétail et celle de la terre nourricière.

Mais les Vierges noires incorporent aussi les nouvelles valeurs chrétiennes incarnées par Marie : la sacralisation du rôle de la mère, celle qui protège tous ses enfants (les croyants) et qui intercède directement pour eux auprès du Fils.

On peut également y voir une résurgence clandestine, à l’ère chrétienne, de la sacralité du principe féminin, principe attesté dès la Préhistoire à travers les « Vénus » néolithiques, manifesté par de nombreuses déesses de l’antiquité (Égypte, Mésopotamie, Grèce, Rome…) et fortement refoulé par les grandes religions monothéistes fondées sur un patriarcat écrasant.

Vierge noire. Dessin. © Serge Panarotto.

Vierge noire. © Serge Panarotto.

Relégation

L’Église officielle n’a pas toujours apprécié les manifestations trop ferventes et quelquefois déviantes, frôlant l’idolâtrie ou les pratiques licencieuses, de la piété populaire. En bien des endroits, les Vierges noires ont été reléguées dans des cryptes ou des chapelles parallèles ou bien remplacées par des Vierges dorées ou polychromes.

Leur culte a été amoindri ou a disparu. Par exemple, à Goult, Notre-Dame-de-Lumières, Vierge dorée du XVIIe siècle, trône, rayonnante, au centre de l’église basse, pendant que la Vierge noire, débarrassée de ses atours, est posée sur un autel discret dans une chapelle parallèle.

Une autre façon de s’en débarrasser a consisté à les promouvoir en Vierges célestes ; c’est le cas à Pignans, où Notre-Dame-du-Buisson s’est muée en Notre-Dame-des-Anges, et à Marseille où Notre-Dame-de-la-Garde est passée de la crypte au sommet, oubliant jusqu’au souvenir de son ancien statut de Vierge noire.

Pèlerinage à Notre-Dame des Anges, à Pignans (Var).

Pèlerinage à Notre-Dame des Anges, à Pignans (Var).

Vierges noires reconnues

Certaines vierges noires sont encore reconnues comme telles aujourd’hui, même si le culte et les rites particuliers qui s’y attachaient ont pour la plupart disparu.

Aix-en-Provence possède encore deux Vierges noires : Notre-Dame-de-Grâce, dans l’église de la Madeleine et Notre-Dame-de-l’Espérance, dans la cathédrale Saint-Sauveur.

Notre-Dame de Romigier. la plus vieille Vierge noire de France. Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).

Notre-Dame de Romigier. la plus vieille Vierge noire de France. Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).

À Maillane, Notre-Dame-de-Grâce est toujours vénérée dans l’église Sainte-Agathe. Notre-Dame-de-Romigier ou du Roncier, à Manosque, qui est la plus vieille Vierge noire de France reconnue, trône dans l’absidiole gauche du chœur de l’église qui porte son nom. À Marseille, Notre-Dame-de-Confession loge à l’année dans la crypte de l’abbaye Saint-Victor et n’est remontée dans l’église haute que pour certaines occasions. De même, à Mazan, Notre-Dame-la-Brune n’est sortie de la chapelle rurale où elle repose, qu’à la période de Pâques. C’est aussi à Pâques, période de renouveau, que Notre-Dame-du-Buisson est honorée d’un pèlerinage en sa chapelle Notre-Dame-des-Anges, à Pignans (Var).

Notre-Dame de l'Espérance. Cathédrale Saint-Sauveur. Aix-en-Provence.

Notre-Dame de l’Espérance. Cathédrale Saint-Sauveur. Aix-en-Provence.

Vierges noires probables

Si l’on se réfère à leur histoire actée ou leur histoire légendaire, certaines Vierges ont probablement été, à un moment de leur existence, vénérées comme Vierges noires. C’est le cas à Berre pour Notre-Dame-de-Caderot, à Carry-le-Rouet pour Notre-Dame-du-Rouet, à Goult pour Notre-Dame-de-Lumières, à Jouques pour Notre-Dame-de-Consolation, à Marseille pour Notre-Dame-de-la-Garde, à Noves pour Notre-Dame-de-la-Vacquières, à Saint-Etienne-du-Grès pour Notre-Dame-du-Château, à Seillans pour Notre-Dame-de-l’Ormeau et à Visan pour Notre-Dame-des-Vignes.

Le cas de Sarah, patronne des Gitans aux Saintes-Maries-de-la-Mer, quoique n’étant pas une Vierge, est aussi intéressant à étudier en parallèle avec le phénomène des Vierges noires. Son culte est resté très proche de ceux pratiqués pour les Vierges noires, mais ne peut pas lui être totalement réductible. Certains chercheurs ont également voulu assimiler aux Vierges noires, la figure de Marie Madeleine. Personnellement je ne les suivrai pas sur ce terrain pour des raisons trop longues à expliquer dans le cadre de cet article.

Vierges noires disparues

D’autres Vierges noires sont connues par des textes, mais ont complètement disparu, telles, entre autres, Notre-Dame-des-Alyscamps, à Arles, ou Notre-Dame-la-Brune, dans la cathédrale Notre-Dame-des-Doms à Avignon. On constatera, au passage, que les plus grandes villes de Provence ont possédé, à un moment de leur histoire, des Vierges noires ; certaines ont été oubliées (Arles, Avignon et Embrun) ; certaines sont encore là ( Aix et Marseille). C’est dans ces villes, sièges d’archevêchés ou d’évêchés, que le culte des Vierges noires à le plus tôt disparu ou été considérablement amoindri, sans doute à cause de l’hostilité avérée du haut clergé envers ces manifestation trop vives de piété populaire.

Recensement par commune

Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône)

Il y avait trois Vierges noires à Aix ; il en reste deux.

Notre-Dame-de-la-Seds se trouvait dans l’église du même nom, qui fut sans doute la première cathédrale d’Aix. La Vierge noire a disparu lors de la Révolution et a été remplacée par une Vierge polychrome allaitant l’Enfant Jésus. Elle était fêtée le 2 juillet. Jadis, une procession, attestée depuis le XVI e siècle, parcourait 20 oratoires avant de ramener la statue dans son église, hors les murs de la ville. Un oratoire représentant Notre-Dame-de-la-Seds (blanche), se trouve dans une niche en bois, à l’angle des rues Littéra et Gaston de Saporta.

Oratoire Notre-Dame de la Seds. Aix-en-Provence.

Oratoire Notre-Dame de la Seds. Aix-en-Provence.

Église Notre-Dame-de-la-Seds au début du XXe siècle. Aix-en-Provence. Carte ancienne.

Église Notre-Dame-de-la-Seds au début du XXe siècle. Aix-en-Provence.

Notre-Dame-de-l’Espérance – La statue actuelle, qui trône en majesté dans une chapelle de la cathédrale Saint-Sauveur, date de 1521 et est taillée dans la pierre. Elle porte l’Enfant Jésus et un chien, que certains assimilent au diable, est couché à ses pieds. Reconnue depuis plusieurs siècles comme Vierge noire, une restauration lui a restitué sa polychromie d’origine. Il est curieux, vu son importance pour les Aixois, qu’il y ait si peu de documents et d’études la concernant.

Notre-Dame de l'Espérance. Cathédrale Saint-Sauver. Aix-en-Provence. Chapelle.

Notre-Dame de l’Espérance. Cathédrale Saint-Sauver. Aix-en-Provence.

Notre-Dame-de-Grâce – Dans l’église de la Madeleine. On dit qu’elle fut apportée d’Italie au XIII e siècle par saint Bonaventure, mais le style de la statue la situerait plutôt au XV e siècle. Anciennement habillée, sa parure a brûlé lors d’un incendie. Alors qu’elle était classée parmi les Vierges noires, après une restauration, elle apparut en bois polychrome. La Vierge et l’enfant sont couronnés. La mère portant l’enfant se tient debout sur un croissant qui pourrait figurer une barque ou la lune. Il semble qu’il y ait eu, au XVIe siècle, confusion-fusion entre l’image ancienne de cette Vierge noire vénérée par les Aixois, et l’iconographie (et la dévotion) générée par l’apparition de la Vierge survenue à Cotignac, en 1519.

Il existe un oratoire urbain représentant Notre-Dame-de-Grâce, noire et couronnée, à l’angle des rues Campra et Esquicho Coudes ; il est daté de 1664. C’est probablement le plus ancien d’Aix.

Notre-Dame de Grâce. Église de La Madeleine. Aix-en-Provence.

Notre-Dame de Grâce. Église de La Madeleine. Aix-en-Provence.

Oratoire Notre-Dame de Grâce. Aix-en-Provence.

Oratoire Notre-Dame de Grâce. Aix-en-Provence.

Aleyrac (Drôme)

En Drôme provençale, au nord du massif du mont Ventoux, dans un vallon perdu, se trouve un ancien prieuré en ruines et son église appelée Notre-Dame-la-Brune. L’ensemble est daté des XI e et XIII e siècles. Juste en-dessous de l’église, coule une source réputée miraculeuse. Le prieuré d’Aleyrac fut abandonné dès le XIII e siècle. Ce nom, commun aux Vierges noires, et la source sacré, sont des indices qui plaident pour un culte en faveur d’une Vierge noire, mais le lieu étant abandonné depuis trop longtemps, aucune trace écrite n’a pu être trouvée.

 

Arles (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-des-Alyscamps ou Notre-Dame de Grâces aurait été une Vierge noire offerte, en 1203, par l’archevêque à l’église des Alyscamps. Elle fut remplacée, au XVIIe siècle, par une vierge en marbre blanc ; l’original aurait été déposé dans la tombe de saint Trophime.

 

Avignon (Vaucluse)

Avant la Révolution, il y aurait eu dans la cathédrale Notre-Dame-des-Doms une Vierge noire : Notre-Dame-la-Brune.

 

Barjols (Var)
L’église collégiale de ce village du haut Var est actuellement connue sous plusieurs vocables : Notre-Dame-de-l’Assomption, collégiale Saint-Marcel et… Notre-Dame-des-Épines. Un document, que j’ai trouvé sur internet mais qui ne cite pas ses sources, explique ainsi cette dernière appellation : « Ce serait vers l’an 1014 qu’aurait été construite la première église de Barjols. Cette église aurait été placée sous le vocable de « Sainte Marie et de Saint Jean », puis «Notre Dame des Epines», parce que son emplacement aurait été miraculeusement désigné par une vache qui fit découvrir une statue de la Vierge dans un buisson épineux. »

Le Barroux (Vaucluse)

Dans un cantique du XVIe siècle, qui relate l’histoire de Saint-Gens, à la bibliothèque Inguimbertine de Carpentras, il est cité une “Notre-Dame-la-Brune” au Barroux. La statue de cette Vierge noire a disparu on ne sais pas quand, mais elle à donné son nom à la grande chapelle qui se trouve tout près du château (XIIe-XVIe siècle) au pied duquel se presse le village.

 

Berre-L’Étang (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-de-Caderot – Dans la chapelle Notre-Dame-de-Caderot, proche de l’Étang, siège une Vierge à l’Enfant en marbre qui pourrait avoir remplacé une ancienne Vierge noire. On attribuait à cette Vierge des miracles. Elle aurait eu des yeux de diamant, remplacé désormais par des yeux de verre. Le décor sobre d’aujourd’hui ne doit pas faire oublier que jadis les murs étaient couverts d’ex-voto, et qu’un pèlerinage pluri-centenaire attirait des foules de croyants.

La légende de la création de la chapelle est typique des Vierges noires, mais avec une variante notable : ce n’est pas une statue qui aurait été trouvée, mais un vase de cristal contenant “quelques cheveux et un peu de terre blanchie du lait de Marie”. Ce récipient sacré aurait été enfoui au temps où les chrétiens étaient persécutés. Plus tard, c’est un bœuf de Marignane qui fait la providentielle découverte. Sans raison apparente, il se jette dans l’Étang et nage jusqu’au rivage de Berre. Là, il s’agenouille devant un genévrier (caderot, en provençal) et, labourant la terre de ses cornes, il déterre la précieuse relique. Les gens du pays élèvent alors à cet emplacement une chapelle. Certains voudraient la faire remonter au IIIe s., mais pour les historiens et les archéologues, le bâtiment a été certainement construit durant le Haut Moyen Âge, réédifié au XIII e s. et, après des destructions dues aux guerres de religion, réaménagé au XVII e s.

Notre-Dame de Caderot. Marignane (Bouches-du-Rhône).

Notre-Dame de Caderot. Marignane (Bouches-du-Rhône).

Brignoles (Var)

Dans le musée du Pays Brignolais, abrité dans la chapelle Saint-Louis-d’Anjou, attenante au palais des Comtes de Provence, est exposée une Vierge noire : Notre-Dame-de-la-Mouro. Elle occupait une niche dans le mur d’enceinte de la ville, près de la porte Saint-Pierre. Cette Vierge couronnée allaite l’Enfant en le portant sur le bras droit, ce qui est contraire à l’iconographie traditionnelle. Elle est composée de bois, de plâtre et de tissu, et a subit un processus de carbonatation dû à la fumée des cierges et des veilleuses qui brûlaient autour d’elle. Datée traditionnellement du XIIIe siècle, elle pourrait être plus ancienne… ou plus jeune, car son style est plus gothique que roman et le gothique a pénétré assez tard en Provence. La finesse des traits de la Vierge et son attitude très maternelle me feraient pencher plutôt pour le XVe siècle. Elle aurait alors remplacée une Vierge plus ancienne ; nous avons de nombreux exemples de ce type de substitution car, il ne faut pas oublier qu’en ces temps, ce n’était pas l’objet en lui-même qui importait, mais l’essence sacré qu’il manifestait.

Notre-Dame-de-la-Mouro. Musée du Pays Brignolais. Brignoles (Var).

Notre-Dame-de-la-Mouro. Brignoles (Var).

Carnoux (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-d’Afrique – Carnoux est une ville nouvelle, au sud de Marseille, créée entre 1959 et 1965 pour accueillir les rapatriés d’Afrique du Nord après la guerre d’Algérie. L’église Notre-Dame-d’Afrique a été édifiée en 1964. Ceux qu’on appelait les « pieds-noirs » y ont installé une réplique de la Vierge qui trônait dans la basilique Notre-Dame-d’Afrique, qui domine Alger depuis 1873. Cette Vierge a l’apparence d’une Vierge noire par la couleur qu’a pris le bronze dont elle est faite en se patinant et on lui donne désormais souvent ce titre de par son nom et son origine, mais elle n’en a pas les attributs principaux tels qu’on a pu les énoncer dans cette étude. La Vierge n’a pas été trouvée au sein de la terre ou de la nature par un animal ou une personne liée au travail de la terre et elle n’est pas ancienne. Cependant, il y a quelque légitimité à la considérer comme une Vierge Noire.
La statue a été réalisée en 1840 par le sculpteur Choiselat, bronzier à Paris, et amenée en Algérie par Monseigneur Sauvy, évêque d’Alger. Son histoire est néanmoins très intéressante, car on peut y voir la tentative par les colons français d’implanter une véritable Vierge noire en terre d’Afrique.
Monseigneur Sauvy avait deux fidèles, Marguerite et Anna, d’origine ouvrière, qui l’avaient suivi de Lyon à Alger. Elles avaient trouvé un lieu encore sauvage, le Ravin, où elles faisaient retraite de temps en temps pour prier et y placèrent, à cet effet, au creux d’un olivier, une statue de la Vierge. Mais, elle rêvaient d’un véritable sanctuaire dédié à Marie et finirent par convaincre leur évêque de le réaliser. Un promontoire dominant la mer et Alger fut choisit et une chapelle provisoire édifiée. En 1857, la Vierge de bronze y fut installée et un pèlerinage institué. La première pierre de la nouvelle église fut posée en 1855 et, les travaux achevés, la Vierge pris place dans le chœur ; la consécration eut lieu le 2 juillet 1872.
Comme on peut le voir, les ouvrières ont remplacé les bergères (XIXe siècle industriel oblige !) et il y a une réelle filiation entre Notre-Dame-du-Ravin, Vierge rurale, et Notre-Dame-d’Afrique, Vierge céleste. La Vierge de Carnoux perpétue ce souvenir.

Notre-Dame-d'Afrique. Carnoux (Bouches-du-Rhône). © Serge Panarotto.

Notre-Dame-d’Afrique. Carnoux (Bouches-du-Rhône).

Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-du-Rouet – « Les habitants de Carry assurent que leur chapelle du Rouet a été construite tout près de l’endroit où une statue de la Vierge fut miraculeusement découverte par une chèvre qui, à maintes reprises, et quoiqu’on la retînt, était venue flairer le sol et le gratter» rapporte Régis de la Colombière, dans un opuscule paru en 1867. La chapelle s’élève sur un promontoire rocheux qui domine la mer. La tradition locale fait remonter le sanctuaire au « temps des Sarrasins ». Les fondations d’une chapelle antérieure sont visibles au nord-ouest du site, mais l’édifice actuel a été construit au milieu du XVIIe siècle et maintes fois remanié et relevé depuis. À l’intérieur, la statue de la Vierge noire qui vous accueille, Notre-Dame-du-Rouet, est représentée assise, allaitant l’Enfant Jésus. C’est une copie, l’original ayant été mis à l’abri à la suite de déprédations subies par la chapelle. La statuette vénérée par la population locale et les marins entrant en rade de Marseille, était taillée dans un bois sombre et reconnue comme Vierge noire. Elle devait elle-même avoir remplacé une statue antérieure, puisque son style l’apparente au XVIIe siècle et non aux vierges romanes du Moyen Âge. Jadis les murs étaient couverts d’ex-voto. Un pèlerinage avait lieu pour la Chandeleur, le 2 février. Ceci est à rapprocher de la fête de la Chandeleur à l’abbaye Saint-Victor de Marseille. C’est à cette date que Notre-Dame-de-Confession, la Vierge noire de Saint-Victor, est fêtée par une messe et une procession avec bénédiction de la mer. Or, l’abbaye Saint-Victor fut, au Moyen Âge, propriétaire de la chapelle du Rouet. Au XIXe siècle encore, au mois de mai, Notre-Dame-du-Rouet était extraite de sa chapelle et portée en procession jusqu’à l’église du village où elle passait quinze jours avant d’être remontée vers son sanctuaire face à la mer.

Notre-Dame du Rouet. Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône).

Notre-Dame du Rouet. Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône).

Cruis (Alpes-de-Haute-Provence)

La chapelle Notre-Dame-de-Lumière est une petite chapelle rurale quadrangulaire à chevet plat en bordure du village. Y aurait-il eu en ce lieu une Vierge noire ? Une tradition locale parle d’un âne qui aurait trouvé une statue de la Vierge.

Embrun (Hautes-Alpes)
Notre-Dame d’Embrun, dite aussi La Vierge des Trois Rois aurait été une Vierge noire peinte sur le tympan de pierre du porche de la cathédrale. Cette fresque représentait la Vierge et l’Enfant recevant l’hommage des Rois Mages. Réputée miraculeuse, elle attirait de nombreux pèlerins. Elle fut détruite lors de la Révolution. Aujourd’hui, à l’intérieur du sanctuaire, derrière l’autel de la Vierge, une mosaïque en rappelle le souvenir ; mais, la Vierge représentée n’est plus noire…

Goult (Vaucluse)

Notre-Dame-des-Lumières – Deux phénomènes miraculeux sont à l’origine de ce sanctuaire. Le premier est l’apparition à Antoine de Nantes, dit Jalleton, en 1661, d’une procession de lumières traçant un chemin entre un cimetière désaffecté et les ruines d’une chapelle écroulée près de la rivière Limergue. Le second fut la découverte par un berger d’une statue de la Vierge dans un buisson. Dès 1665, les pèlerins affluèrent. Un monastère fut édifié avec une vaste église. Sa crypte occupe l’emplacement de la chapelle antique dont l’origine remontait probablement au IVe siècle. Ce sanctuaire illustre bien le phénomène de relégation des Vierges noires au profit des Vierges célestes. Sur un autel annexe, est posée une statue (récente) de la Vierge noire, dépouillée des habits et atours qui devaient la parer, pendant qu’une Vierge céleste, polychrome, couronnée d’étoiles et entourée de nuages et d’angelots, rayonne dans le chœur de la crypte.

Notre-Dame de Lumières. La Vierge sombre. Lumières (Vaucluse).

Notre-Dame de Lumières. La Vierge sombre, reléguée dans un coin de la crypte. Lumières (Vaucluse).

Notre-Dame de Lumières. La Vierge céleste. Lumières (Vaucluse).

Notre-Dame de Lumières. La Vierge céleste, au cœur de la crypte. Lumières (Vaucluse).

Jouques (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-de-Consolation – Située à environ 4 km au nord du village, sur un éperon rocheux boisé, près d’un ancien oppidum celto-ligure, cette chapelle abritait jadis une Vierge noire. Selon la tradition locale, la statue aurait été trouvée par une jeune bergère, Anne, à l’instigation de l’un de ses moutons. La Vierge était habillée et parée de bijoux. On la portait en procession, le 8 septembre, parmi les terres et elle présidait à la bénédiction des eaux de la Durance. Au musée local, dans le village, on peut voir quelques ex-voto qui ornaient sa chapelle.

Un oratoire, Notre-Dame-de-Reverdice, au nom significatif lié au renouveau et au printemps, est placé sur le chemin de Notre-Dame-de-Consolation. Il possède un bénitier où l’on mettait de l’eau bénite le 8 septembre, jour de pèlerinage.

Chapelle Notre-Dame de Consolation. Isolée dans les bois. Jouques (Bouches-du-Rhône).

La chapelle Notre-Dame de Consolation. Isolée dans les bois. Jouques (Bouches-du-Rhône).

La Trinité (Alpes-Maritimes)

Notre-Dame-de-Laghet – Cette Vierge, réputée miraculeuse, est devenue célèbre, au XVIIe siècle, sous l’impulsion d’un prêtre, Don Jacques Fighiera, qui en fit le sanctuaire marial le plus important des Alpes-Maritimes. Près de 4000 ex-voto couvrent ses murs. Les fêtes mariales et les pèlerinages drainent encore aujourd’hui des fidèles de toute la Côte d’Azur et de la Riviera italienne. Sous l’imposante église, construite en 1652, se trouve une grotte-crypte où veille une Vierge sombre. C’est là que se serait élevée, près d’une source, une chapelle primitive attestée au XIe siècle, et ayant appartenu à l’abbaye de Saint-Victor. Avant que le génie apostolique de Don Fighiera en fit le haut lieu spirituel que nous connaissons, il y avait donc déjà ici, une chapelle dédiée à Marie. Était-ce une Vierge noire ? Compte-tenu de la situation et de l’histoire du site, personnellement je suis enclin à le penser ; mais, il faudrait entreprendre des études plus approfondies pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.

Graffitis et ex-voto contemporain dans l'église Notre-Dame-de-Laghet, à, La Trinité (Alpes-Maritimes).

Graffitis et ex-voto contemporain dans l’église Notre-Dame-de-Laghet, à La Trinité (Alpes-Maritimes).

Maillane (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-de-Grâce ou de Bétélem (Bethléem) – Elle trône dans une chapelle de l’église Sainte-Agathe. Cette Vierge à l’Enfant, probablement romane (XIII e s.) est vêtue d’un riche manteau. La Vierge et l’Enfant sont couronnés. Après une restauration récente, la statue à retrouvé des couleurs. Anciennement, on la sortait en procession pour faire tomber la pluie en période de sécheresse.

Notre-Dame de Grâce. Église Sainte-Agathe, Maillane (Bouches-du-Rhône).

Notre-Dame de Grâce. Église Sainte-Agathe, Maillane (Bouches-du-Rhône).

Manosque (Alpes-de-Haute-Provence))

Notre-Dame-de-Romigier (du roncier) est donnée comme étant la plus vieille Vierge noire de France. Elle est vêtue à la romaine et porte une couronne mérovingienne. Sa légende dit qu’elle fut trouvée, au VIe siècle, lors d’un labour. Les bœufs se seraient tenus en arrêt devant un buisson de ronces. Les moines de Saint-Victor la laissèrent devant l’église, car ils la trouvaient trop laide pour la faire entrer, mais elle alla se placer d’elle-même sur le maître-autel. Cachée à l’époque où les Sarrasins ravageaient la contrée, elle fut perdue, puis à nouveau retrouvée, 200 ans plus tard, dans un sarcophage enfoui dans un champs, toujours par des bœufs de labour. Lors des périodes de sécheresse, Notre-Dame-de-Romigier était invoquée pour faire tomber la pluie. Aujourd’hui, elle est magnifiquement mise en valeur dans une des absidioles de l’église Notre-Dame.

Chapelle dédiée à Notre-Dame de Romigier. Église Notre-Dame, à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).

Chapelle dédiée à Notre-Dame de Romigier. Église Notre-Dame, à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).

Marseille (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-de-Confession – Elle se trouve dans la crypte de l’église de l’abbaye de Saint-Victor. Elle est taillée dans un bois de noyer et daterait du XIII e siècle ; mais, la légende dit que la statue primitive aurait été sculptée par Saint-Luc dans une racine de fenouil, d’ou son surnom de “Notre-Dame-du-Fenouil”. Ce nom vient sans doute d’une altération du provençal “feu nou”, (feu nouveau). En effet, cette Vierge est associée aux rites de la chandeleur. Vêtue de vert, elle préside à la bénédiction des cierges verts ; on la sort en procession sur le parvis de l’abbaye, face au Vieux-Port, pour une bénédiction de la mer.

Notre-Dame de Confession lors de la procession de la Chandeleur. Abbaye Saint-Victor. Marseille.

Notre-Dame de Confession lors de la procession de la Chandeleur. Abbaye Saint-Victor. Marseille.

Notre-Dame-de-l’Huveaune. Cette Madone se trouvait, jusqu’en 1850, dans une chapelle à l’embouchure de ce petit fleuve côtier qui se jette au sud de Marseille. Elle a été perdue depuis. Aujourd’hui, une statue de Notre-Dame d’Huveaune est visible dans l’église de Saint-Giniez, non loin de là. Cette Vierge, dorée, est datée du XVIe siècle, mais le souvenir de la Vierge originaire est conservé dans les cierges qui sont brûlés en son honneur. Ils présentent l’image typique des Vierges noires : visages sombres de la mère et de l’enfant émergeant d’un vêtement brodé, inscrit dans une forme pyramidale.

Cierge dédié à Notre-Dame de l'Huveaune. Église Saint-Geniez. Marseille.

Cierge dédié à Notre-Dame de l’Huveaune. Église Saint-Geniez. Marseille.

Notre-Dame-la-Brune – Elle ornait le sanctuaire de la chapelle Notre-Dame-de-la-Garde. Cette dernière avait été construite sur un oratoire du XIII e siècle et a été remplacée, au XIX e siècle, par l’imposante basilique qui domine la ville. La Vierge noire fut vendue aux enchères avec les biens de la chapelle lors de la Révolution et a disparu depuis. Même si elle en a perdu le nom, on notera tout de même qu’une Vierge trône au centre de la crypte de la basilique actuelle dont le clocher est sommé par la « Bonne mère », Notre-Dame-de-la-Garde, Vierge monumentale recouverte d’or.

Avant d'être une Vierge d'or au sommet d'une majestueuse basilique, Notre-Dame de la Garde fut une Vierge noire logée dans une modeste chapelle, dans un fort dominant Marseille.

Avant d’être une Vierge d’or au sommet d’une majestueuse basilique, Notre-Dame de la Garde fut une Vierge noire logée dans une modeste chapelle, dans un fort dominant Marseille.

Mazan (Vaucluse)

Notre-Dame-de-la-Brune (ou la Sarcleuse) dans la Chapelle Notre-Dame-la-Brune au quartier de la Maladrerie. La légende raconte qu’elle fut découverte dans les blés, à une demi-lieue des remparts par des sarcleuses. Transportée solennellement à la paroisse, elle fut installée dans l’église. On ferma les portes pour la nuit, mais le lendemain elle avait disparu. On la retrouva dans le champ où elle était apparue ; c’est là que fut alors édifié une chapelle pour la recevoir.

Son pèlerinage a lieu 15 jours après Pâques : on va la chercher en procession dans sa chapelle pour l’amener dans l’église du village où elle séjourne deux semaines avant d’être ramenée solennellement à la chapelle. Ce pèlerinage, dans sa forme actuelle, remonte à 1788, date à laquelle fut fait un vœu par la communauté, à la suite d’un hiver rigoureux. La “réapparition” de la Vierge remonterait à 1714 (légende de la découverte par les “sarcleuses”). La chapelle actuelle est de 1730, mais, antérieurement, existait une chapelle ruinée appelée Saint-Lazare et liée à une léproserie qui aurait existé à cet emplacement, avant le XVI e siècle (lieu-dit “la Malaudière” ou “la Maladrerie”). Autre fait, c’est le long de la voie Mercadier, ancienne voie antique, dont Notre-Dame-la-Brune marque le croisement avec une autre voie antique, qu’à l’origine, se seraient trouvés les sarcophages mérovingiens (V e s. / VI e s.), alignés aujourd’hui dans le cimetière de Mazan. La statue elle-même, en bois de noyer, est une restauration du XVIII e siècle car, à la suite des déprédations dues à la Révolution, ne furent sauvés du feu que le buste de la Vierge et la tête de l’Enfant.

La Vierge à l’Enfant, en pied, est de petite taille. Elle est habillée d’un manteau de type sacerdotal. Nombreux ex-voto dans la chapelle. Pendant la procession qui la mène vers l’église du village, elle est portée, d’abord par des jeunes filles, puis par des femmes ; elle est reprise ensuite par des jeunes filles à l’arrivée à Mazan. Un cantique lui est consacré.

Procession à Notre-Dame la Brune. Mazan (Vaucluse).

Procession à Notre-Dame la Brune. Mazan (Vaucluse).

Noves (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-de-la-Vacquières est une petite chapelle, connue aussi sous le vocable de Notre-Dame-des-Œufs et de Notre-Dame-des Fons (fontaines). Elle se dresse, à 2 km au sud du village, près d’une source, sur l’emplacement d’un ancien carrefour entre une voie romaine et une draille (voie de transhumance).

La statue qui lui a donné son nom aurait été trouvée en ce lieu par une vache. Elle a, depuis, à nouveau disparu. Une tradition locale veut qu’ici se soit élevé, dans l’Antiquité, un temple dédié à Hécate, déesse romaine au corps de femme et à tête de vache. Son culte était lié à la fertilité et aux morts. Désormais domaine privé, le sanctuaire est comme assoupi. Son propriétaire autorise cependant quelques visites et, de temps en temps, une messe y est célébrée.

Notre-Dame de la Vacquière. Noves (Bouches-du-Rhône).

Chapelle dédiée à Notre-Dame de la Vacquières. Noves (Bouches-du-Rhône).

Pignans (Var)

La Vierge aux buissons – Chapelle Notre-Dame-des-Anges, 10 km à l’est du Village, sur un des plus hauts sommets du massif des Maures. Selon la tradition des Vierges noires, la “Vierge aux Buissons”, une statue de Marie sculptée dans un bois sombre, aurait été découverte par un chien dans un buisson. Installée dans l’église paroissiale, elle serait retournée d’elle-même là où on l’avait trouvée. À cet emplacement fut édifiée une première chapelle que la légende locale attribue à Thierry, un fils de Clovis. L’édifice actuel date de 1844. Pour accueillir la multitude des pèlerins, il fut complété, plus tard, par un vaste cloître sur le devant. Les murs sont couverts de près de 700 ex-voto, dont 125 peintures. La plus ancienne date de 1766. Plus original, en guise d’ex-voto, un crocodile empaillé est suspendu au plafond.

Ce cas illustre bien le processus d’ascension d’une Vierge noire. Sur un socle de marbre, au centre de l’autel, des angelots élèvent la statue de la Vierge aux Buissons, de couleur sombre, qui est une copie, probablement du XVIe siècle, l’original ayant disparu dès le Moyen Âge. Mais, lors du pèlerinage qui a lieu le lundi de Pâques, c’est une vierge polychrome qui est portée en procession par les fidèles du village à la chapelle.

Notre-Dame du Buisson. Chapelle Notre-Dame des Anges. Pignans (Var).

Notre-Dame du Buisson. Chapelle Notre-Dame des Anges. Pignans (Var).

Le Revest-du-Bion (Alpes-de-Haute-Provence)
Isolée sur le plateau d’Albion, entre Le Revest-du-Bion et Saint-Christol, Notre-Dame-de-l’Ortiguière , anciennement appelée Notre-Dame-de-la-forêt-d’Albion, est une chapelle très ancienne dont on trouve la première mention dans un document de 1274. Détruite en 1392, elle est reconstruite en 1665. Cette reconstruction serait intervenue après la découverte par une chèvre, parmi les ruines, dans un buisson d’ortie, d’une statuette de Vierge noire. La chapelle prend alors son nom actuel et devient un lieu de pèlerinage. Lors de la Révolution, l’édifice est saccagé, puis relevé à nouveau au début du XIXe siècle. On ne sait quand la Vierge noire a disparu, probablement volée.

Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes)
La Madone de Saint-Hospice, dite La Vierge Noire, est une statue colossale de 11 ,40 m de haut, dressée au flanc de la chapelle Saint-Hospice, face à la mer. Construite en 1903, elle n’a, à notre connaissance, pas de rapports avec la tradition des Vierges noires ; il semble que ce soit simplement la couleur du bronze sombre dont elle est faite qui lui ait valu ce nom.

Saint-Étienne-du-Grès (Bouches-du-Rhône)

Notre-Dame-du-Château est une Vierge à l’Enfant, en bois, appelée aussi “la Belle Briançonne”, car, selon la tradition, elle aurait été amenée de Briançon à Tarascon par un moine, nommé Imbert, vers 1350. De son côté, la tradition alpine dit qu’elle serait sculptée dans un cep de vigne des Vigneaux, un village en Vallouise non loin de Briançon (Hautes-Alpes). La transhumance des moutons, qui dura des siècles, entre le pays d’Arles (la Crau) et les vallées alpestres, pourrait expliquer ce très long “voyage”.

Sans être formellement reconnue comme une Vierge noire, elle en a bien des caractéristiques. La « Belle Briançonne” est conservée depuis le XIV e siècle dans la chapelle Notre-Dame-du-Château, sur une colline qui domine Saint-Étienne-du-Grés. Chaque année, le dimanche avant l’Ascension, magnifiquement parée, elle est portée en procession de la chapelle où elle demeure jusqu’à la collégiale Sainte-Marthe, à Tarascon (12 km). Elle y reste 40 jours, avant d’être ramenée, ensuite, dans son sanctuaire des collines.

Notre-Dame du Châteaun dite "La Belle Briançonne", portée en procession entre Saint-Étienne-du-Grès et Tarascon (Bouches-du-Rhône).

Notre-Dame du Château dite « La Belle Briançonne », portée en procession entre Saint-Étienne-du-Grès et Tarascon (Bouches-du-Rhône).

Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes)

La Madone de Fenestre – Dans la chapelle de la Madone, dans la montagne des Gélas à 3 h de marche de Saint-Martin, est vénérée une Vierge noire en bois du XIV e siècle, somptueusement vêtue de robes et de dentelles. La statue hiverne dans l’église de Saint-Martin, dans le village ; l’été, elle est ramenée en procession dans son sanctuaire de la montagne. Une procession a lieu quatre fois l’an : les 2 juillet, 26 juillet, 15 août et 8 septembre. La légende dit que des piémontais jaloux étaient venus la voler en pleine nuit et l’avait emmenée dans l’église de leur village d’Entraigues, alors italien. Mais la Vierge s’enfuit d’elle-même, la nuit suivante, et regagna Saint-Martin en traversant le corps même de la montagne, provoquant un caïre, pertuis rectangulaire ouvert dans le roc, appelé depuis, Caïre de la Madone (Carré de la Madone) ; d’où aussi le nom de cette Vierge, en référence à cette “fenêtre” ouverte dans la montagne (à rapprocher des cultes de fertilité liés à la pierre et aux pierres trouées).

En bois de cèdre du Liban, on la dit rapportée d’orient par les Templiers, bâtisseurs de l’église Saint-Martin, mais la légende la fait sculpter par Saint-Luc et c’est Marie-Madeleine qui l’aurait ramenée en Provence. Un autre récit fait disparaître la statue au XIV e, lors du sac du sanctuaire par des agresseurs mystérieux (sarrasins, bandits ?). 15 Templiers auraient été massacrés et ensevelis sous leur chapelle ruinée. La Madone disparut quelques années puis réapparut miraculeusement jaillissant de la “fenêtre” des Gélas.

Jadis, lors de sa procession, la Madone gravissait la montagne, portée par des jeunes filles, de Saint-Martin à son sanctuaire alpestre, à la première fonte des neiges ; elle en redescendait, suivant le même cérémonial, à l’arrivée du froid. Les dates du 15 août et du 8 septembre correspondent respectivement à l’ascension de la Vierge et à sa Nativité.

Notre-Dame de Fenestre. Saint-Martin-de-Vésubie (Alpes-Maritimes).

Notre-Dame de Fenestre. Saint-Martin-de-Vésubie (Alpes-Maritimes).

Saint-Paul (Alpes-Maritimes)
Une statue de Vierge noire, probablement du XIIIe siècle, restaurée au XVIIe, est conservée dans le trésor abrité dans la chapelle Saint-Clément, dans l’église collégiale Saint-Paul.

Saintes-Maries-de-la-Mer (Camargue, Bouches-du-Rhône)

Sarah – Simple servante des saintes Maries pour les catholiques, ou, pour les gitans, reine locale accueillant ces dernières ? Si elle n’a pas le statut de Vierge noire, ni même seulement celui de “Vierge”, son aspect, la vénération et le culte qui lui sont portés par le peuple du voyage l’apparentent aux Vierges noires. Cependant, la profondeur et la complexité de ce « cas » particulier, méritent une approche et un développement qui va au-delà de ce texte.

Sarah, dans la crypte de l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer, en Camargue.

Sarah, dans la crypte de l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer, en Camargue.

Sainte-Maxime (Var)

Il existe un oratoire de la Vierge noire sur le chemin de la Vierge noire, à l’est de la ville, en allant vers la pointe des Sardineaux.

 

Salon de Provence (Bouches-du-Rhône)

Dans une niche, à l’intérieur de la Tour du Bourg Neuf, porte fortifiée des remparts du XII e siècle, veille une Vierge noire originairement du XIII e siècle qui, jadis, était vénérée par les futures mères. Le statue actuelle est une reproduction.

Vierge noire dans une niche, à l'intérieur d'une porte des remparts médiévaux, à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône).

Vierge noire dans une niche, à l’intérieur d’une porte des remparts médiévaux, à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône).

Seillans (Var)

Notre-Dame-de-l’Ormeau – C’est une statue archaïque de la Vierge, trouvée, dit-on, dans la souche d’un orme, qui donne son nom à cette chapelle, réédifiée au XIIe s. sur des sanctuaires antérieurs. Malgré des restaurations douteuses et une rutilante dorure, nous sommes sans aucun doute en présence d’une ancienne Vierge noire. Le style de la figurine, la manière dont elle a été retrouvée, la déambulation dans les terres lors de son pèlerinage, et les ex-voto qui l’entouraient, étayent cette hypothèse. L’autre grand intérêt de cette chapelle est son retable Renaissance (1539-1574), chef-d’œuvre incontestable, qui rayonne dans le chœur. Il raconte de façon imagée et savoureuse la vie de Marie. En son centre, se trouve un “arbre de Jessé”, arbre généalogique qui fait du Christ, à travers Marie, un descendant du roi David.

Notre-Dame de l'Ormeau, redorée lors d'une récente restauration. Seillans (Var).

Notre-Dame de l’Ormeau, redorée lors d’une récente restauration. Seillans (Var).

Six-Fours-les-Plages (83)

11 oratoires jalonnent le Chemin de Mai, qui mène à la chapelle Notre-Dame-de-Mai, aussi appelée Notre-Dame-de-la-Garde, qui, du haut du cap Sisié, domine la Méditerranée. L’un de ces oratoires se nomme “oratoire de la Vierge-Noire”. À partir de cet indice, j’ai cherché des informations et j’ai fini par en trouver.
Jean-Paul Clébert, dans son Guide de la Provence mystérieuse évoque brièvement le sanctuaire : « … Pourquoi Notre-Dame-de-Mai ? On passe encore ici d’une Maïa antique à une Vierge noire, puis de celle-ci à la Marie Immaculée. Mais, c’est toujours la « Bonne Mère », invoquée contre les naufrages. Jadis, les marins montaient pieds nus sur l’aride colline tout le mois de mai et le 14 septembre. »

On notera au passage la ressemblance de nom et de situation (chapelle perchée en vue de la mer, ex-voto,…) avec la basilique Notre-Dame de la Garde la « Bonne Mère » des Marseillais qui jusqu’à la Révolution abrita une Vierge noire.
Dans un Almanach de la mémoire et des coutumes de Provence, paru en 1986, Claire Thévant décrit plus longuement le déroulement du pèlerinage du Mai qui avait lieu le 3 de ce mois. Malheureusement, elle ne cite pas sa source.
Il semble qu’en plus des croyants et des pénitents habituels montant au sanctuaire pour prier, faire ou s’acquitter d’un vœu, ce pèlerinage ait été très couru par la jeunesse de Toulon et des villages environnants car : «Qui donc allait au mai en souhaitant profondément une union finissait par l’obtenir». cette ascension était donc l’occasion de nouer des idylles et des projets matrimoniaux ! Occasion renforcée par les festivités et le bal qui clôturaient le pèlerinage.
«Arrivés à la chapelle, les pèlerins venaient s’agenouiller devant la Vierge noire encore appelée la Miraculeuse qu’un berger découvrit au XVIe siècle. Les marins et les pêcheurs, eux, se recueillaient devant Nouastro-Damo-dei-Marins ou la Bouano-Méro-de-la-Mer qui fut rajoutée au XIXe siècle».
Nous serions donc bien en présence d’une Vierge noire. Cependant elle ne devait pas être très ancienne car la chapelle a été construite en 1625 à la suite, selon la légende locale, d’un vœu fait par des marins ayant échappé à un naufrage.
… À moins qu’il n’y ait eu au auparavant un lieu de culte plus ancien dont il ne reste aucune trace.

Notre-Dame-de-Mai ou Notre-Same-de-la-Garde. Cap Sicié. Six-Fours (Var). © Serge Panarotto.

Notre-Dame-de-Mai dominant la Méditerranée du haut du cap Sicié.

Visan (Vaucluse)

Notre-Dame-des-Vignes – Nous sommes probablement en présence d’une ancienne Vierge noire. La chapelle primitive avait été construite autour d’une statue de la Vierge datant du XIIIe s., qui aurait été trouvée par un laboureur (ou un viticulteur) dans un sillon. Portée dans l’église, elle s’en évade par trois fois pour retourner dans le sillon où elle a été trouvée. Le chœur a été reconstruit en 1508, puis restauré en 1637, sans doute pour recevoir le magnifique retable qui sert d’écrin à la Vierge, dont la statue fut probablement dorée à cette occasion. Au centre du retable, un tableau représente l’Assomption. L’autel est de 1778. La nef a été refaite au XVIIIe s. Les murs, recouverts de lambris dorés, portent des tableaux et des ex-voto des XVIIe et XVIIIe s. La Vierge, qui n’est plus présentée comme Vierge noire, est censée avoir protégé le village de la grande peste de 1629. Un vœu est alors prononcé : une messe sera célébrée tous les samedis. Notre-Dame-des-Vignes est invoquée par les vignerons pour protéger les récoltes quand la sécheresse menace ou, à l’inverse, contre l’excès de pluie. Des religieuses, logées dans l’ermitage, continuent à faire vivre le sanctuaire.

Notre-Dame des Vignes. Visans (Vaucluse).

Notre-Dame des Vignes. Visan (Vaucluse).

Bibliographie

Barruol (Jean) – Notre-Dame-la-Brune à Mazan – 1954

Bayard (Jean-Pierre) – Déesses mères et Vierges noires – Editions du Rocher, Paris, 2001

Bonvin (Jacques) – Vierges noires, la réponse vient de la terre – Dervy-livres, Paris, 1988

Bréhier (L.) – A propos de l’origine des Vierges noires – Compte rendu de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1935

Brun (Chanoine) – La Vierge noire de Manosque – In Alpes et Midi, n° 4, nov. déc. 1934

Buenner (Dom)

Traditions mariales à Saint-Victor de Marseille – Provence historique n° 65 (1966)

La Vierge noire de Saint-Victor – Marseille, revue municipale, n° 76 (1966)

Cassagnes-Brouquet (Sophie) – Vierges noires – Ed. du Rouergue, 2000

Castille (Daniel) – Le mystère des Vierges noires (vigini pariturae) – Coll. Démons et Merveilles, JMG, 2001

Clébert (Jean-Paul) – Guide de la Provence mystérieuse -Tchou – Réédition 1986

Colombière (M. de Régis de la) – Chapelle de Notre-Dame du Rouet – Typographie Veuve Marius Olive, Marseille, 1867

Costamagna (Henri) – Historique du sanctuaire de Notre-Dame de Laghet – Nice historique n° 385, 2001

Dulac (Mme Jacques) et Dulac (Jeanne) – Notre-Dame de Grâce et de Bethéem de Maillane – Imp. Roubaud, Aix-en-Provence, 1993

Durand-Lefebvre (M.) – Étude sur l’origine des Vierges noires – Paris, 1937

Ellul (Père Jean-Pierre)

La statue de la Vierge noire, Notre-Dame-de-Confession – Imprim. Bonnet, Marseille 1998

La Chandeleur à Saint-Victor. Pèlerinage, traditions et coutumes – Paroisse Saint-Victor, Marseille 1998 – 4 e édition

Huynen (Jacques) – L’énigme des Vierges noires – Paris, 1972 – Ed. Jean-Michel Garnier, Chartres, 1996

Jaubert (H.) – Notice sur les anciennes madones du diocèse de Marseille – Marseille, 1890

Laforge – Iconographie de la Vierge – Lyon, 1863

Marbot (Abbé É.) – Histoire de Notre-Dame-de-la-Seds d’Aix – Aix, 1904

Markale (Jean) – La Grande Déesse, Mythes et sanctuaires – Albin Michel, Paris, 1997

Trichaud (Abbé) – Notre-Dame-la-Brune à Mazan – 1873

Saillens (É.) – Nos Vierges noires, leurs origines – Paris,1945

Vialet (F.) – L’iconographie de la Vierge noire – Catalogue de l’exposition au baptistère Saint-Jean – Le Puy, 1983

Anonyme

Notre-Dame-des-Anges – Pignans 83 – Nativité de Notre-Dame, 1957

– Monographie du sanctuaire de Notre-Dame-de-Fenêtre – Nice, Imprimerie administrative L. Cagnoli et Cie, 1894 – Réédition disponible au sanctuaire

Notre-Dame du Rouet. Vierge noire allaitant. Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône).

Notre-Dame du Rouet. Vierge noire allaitant. Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône).

[ Lire la page : Chapelle Notre-Dame-du-Rouet ]

Ex-Voto à Notre-Dame de Laghet. La Trinité (Alpes-Maritimes).

Ex-Voto à Notre-Dame de Laghet. La Trinité (Alpes-Maritimes).

Ex-voto à Notre-Dame de l'Ormeau. Seillans (Var).

Ex-voto à Notre-Dame de l’Ormeau. Seillans (Var).

Image pieuse. Notre-Dame des Grâces de Maillane.

Image pieuse. Notre-Dame des Grâces de Maillane.

Ex-voto contemporains à Notre-Dame des Anges. Pignans (Var).

Ex-voto contemporains à Notre-Dame des Anges. Pignans (Var).

Notre-Dame de Saint-Hospice. Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes).

Notre-Dame de Saint-Hospice. Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes).

Ex-voto. Notre-Dame des Lumières. Lumières (Vaucluse).

Ex-voto. Notre-Dame des Lumières. Lumières (Vaucluse).

Notre-Dame du Château, dite La Belle Briançonne. Saint-Etienne-du-Grès (Bouches-du-Rhône).

Notre-Dame du Château, dite La Belle Briançonne ». Saint-Etienne-du-Grès (Bouches-du-Rhône).

 

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3 réflexions sur “Vierges noires de Provence

  1. On ne peut qu’admirer ton immense érudition mon cher Serge, je sais aussi que cela représente des heures et des années de recherches sérieuses et rigoureuses.
    Nous sommes pris par le texte , emporté par les images et t’accompagnons jusqu’au bout de ta démonstration.

    Je ne peux m’empêcher de penser aux déesses mères qui présidaient à la fécondation et au symbole mort , résurrection des antiques déesses de la nature , Perséphone et Déméter.
    Ce qui ,cependant me frappe le plus ,ce sont les vierges telles Notre Dame du Rouet, St Victor et autres vierges fêtées le 2 février avec un culte lié à la mer.
    À Salvador de Bahia , Iemanja déesse de la mer et protectrice des pêcheurs , marins mais aussi divinité de la fécondité qui était à l’origine représentée sous la couleur noire.
    Aujourd’hui cette déesse venue tout droit du panthéon africain a elle aussi été représentée de différentes formes , une sous forme de sirène , l’autre telle que l’on représente Notre Dame de Lourdes. Sous sa forme noire elle est entreposée en un endroit connu des seuls desservants.
    Le 2 février des milliers de personnes se rassemblent pour lui rendre hommage. C’est un spectacle époustouflant d’une foi sans limite auquel je n’ai jamais manqué de participer.

    La civilisation avec tous ses syncrétismes et mutations ne peut empêcher un fond commun d’apparaître.
    Bravo pour ton article !

  2. M. Panarotto, merci pour votre blog sur les Vierges noires de Provence et celle de Mazan , quand je vous avais raconté et fait visiter la chapelle de la Vierge de ND la Brune à Mazan (84) nous n’avions pas pu vous montrer une autre vierge de majesté polychrome du XIV° qui se trouvait dans une porte des remparts et M.H. Elle va être dépoussièrée et installés sous protection dans l’église de Mazan. Merci encore
    Joseph Barruol Mazan

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