Carnaval au village : Caramentran à Lurs

Et si on retrouvait un vrai carnaval de village, comme au temps passé, quand les communautés savaient se rassembler, se ré-unir en s’amusant ? Oui, c’est possible, à Murs, minuscule village d’environ 500 habitants, situé dans les Monts de Vaucluse.

Caramentran 2019. Murs (Vaucluse). Le char. Photo Serge Panarotto.

Carnaval de Murs 2019. le char du Caramentran.

Pôvre Caramentran !

À Murs, tous les ingrédients d’un carnaval “idéal” sont rassemblés. Avant tout, il y a la participation collective. Organisateurs et spectateurs, villageois et visiteurs, déguisés, ne se distinguent pas. TOUS s’intègrent naturellement au déroulement-défoulement de la fête. La Tradition est perpétuée et revivifiée, re-vécue chaque année.

Caramentran 2010. Murs (Vaucluse). Photo Serge Panarotto.

Carnaval de Murs 2010.

Ici coexistent encore les éléments cosmiques et les éléments de critique sociale qui font un « vrai » carnaval. On célèbre la fin de l’hiver (le repos, la « petite mort » de la Nature et des cultures) et le printemps qui arrive, le Renouveau, et, avec lui, la prospérité souhaitée, vitale, dans cette Provence rurale. Le mannequin Caramentran symbolise la vieille année, mais aussi tous les maux et les péchés du village (fonction de bouc émissaire). Le scénario est “typique” : Caramentran est promené dans les rues, posé sur une charrette. Sous les quolibets, il se “charge” des maléfices et des fautes de ses contemporains. En fin d’après-midi, il est jugé par une cour parodique qui lui reproche indirectement ce qui ne va pas dans le village et ainsi le révèle. Par exemple, on l’accuse de faire monter les prix immobiliers en vendant aux étrangers, privant ainsi les jeunes du village de terres à cultiver (fonction critique). Vrais problèmes et bisbilles du village sont allusivement ou directement évoqués dans la bonne humeur.

Caramentran 2019. Murs (Vaucluse). Le procès. Photo Serge Panarotto.

Carnaval de Murs 2019. Le procès.

Après l’acte d’accusation du procureur et la plaidoirie de l’avocat, qui provoquent rires, huées et interpellations de la part des participants, le « pôvre Caramentran » est condamné puis exécuté ; une première fois par les chasseurs, puis à nouveau, le soir, sur le bûcher (fonction purificatrice du feu). Ainsi s’envolent en fumée et la vieille année épuisée, et les maux et les querelles du village.

Caramentan 2001. Murs (Vaucluse). Le bûcher. Photo Serge Panarotto.

Carnaval de Murs 2001. Brûlement du Caramentran.

Parmi les costumes infiniment divers et inventifs, on notera cependant certains incontournables : le marié et la mariée en travestis, le maire et le curé, le procureur, les juges, le garde champêtre, l’évêque, les chasseurs et les bouffets. Ces derniers, fortement présents dans les carnavals provençaux, apportent par leurs danses et leurs chansons toujours fort lestes, un parfum de sexualité et même de scatologie. Le cortège qui part de la mairie, au bas du village, pour monter au château et à l’église (les sièges des pouvoirs communaux), est enjoué, dansant et bon-enfant, avec ses pantomimes, ses farandoles et ses chansons. Le plus important reste cependant la dimension ouverte et joyeuse de ce carnaval unique en Provence, bien structuré, bien préparé sous des apparences d’improvisation qui en font son charme, mais surtout ouvert et accueillant à tous.

Murs. Caramentran 1997.

Caramentran 2001. Murs.

Carnavals en Provence

Le cycle de carnaval débute le jour de l’Épiphanie (6 janvier), atteint son acmé pour le solstice de printemps et se clôture le Mercredi des Cendres. Jadis (plus rarement aujourd’hui), en Provence, ce jour-là, après un procès burlesque, Caramentran, personnage de paille personnifiant à la fois la vieille année et l’hiver, devenu bouc émissaire de toutes les tares de la société, était moqué, accusé puis brûlé en place publique. Il faut comprendre que Carnaval est une période de fête et de libération qui précède une longue période d’abstinence et d’interdits : le Carême. 40 jours de jeûne et de pénitence attendent le chrétien jusqu’à Pâques. Dans les temps anciens, en Provence, la quasi totalité de la population était catholique et les interdits de l’Église pesaient lourds.

Carnaval de Cadenet (Vaucluse). 1984. Le roi. Photo Serge Panarotto.

Sa majesté Carnaval. Cadenet 1984.

Au sortir de l’hiver, les folies de carnaval redonnait du tonus au village et de la cohésion à la société. Pendant cette période, on change de rôle social, on s’amuse, on “s’éclate” sous le couvert de masques et de déguisements, on crée des chars, en général fleuris et grotesques, où sont moquées les autorités locales, les institutions et la religion. C’est le règne de l’inversion : des hommes prennent habits de femmes et inversement, les adultes jouent aux enfants, les paysannes deviennent princesses, les puissants sont brocardés, les jeunes ont la parole… Les interdits sociaux sont – provisoirement – mis en veille sous l’œil discret mais présent des autorités. Mais ce désordre toléré a une fin précise, le Mardi Gras. Caramentran brûlé, tout rentre dans l’ordre… jusqu’à l’année prochaine.

Carnaval de Marseille. 1995. Photo Serge Panarotto.

Carnaval de Marseille. 1995.

Carnaval de Nice 2007. Parade. Photo Serge Panarotto.

Carnaval de Nice. 2007.

Du Moyen Âge au XIXe s., cette organisation de la fête fut universellement répandue en Provence. Elle évolua ensuite selon deux voies : l’une qui continua ce cours, en s’appauvrissant jusqu’à en être réduite, de nos jours, à la survivance d’un carnaval des enfants ; l’autre, suivie dans les villes principalement, transforma le carnaval en corso, défilé de chars, où la participation des habitants se réduit de plus en plus. Quelques associations restent aux commandes, mais la majorité des gens deviennent simples spectateurs. Le modèle le plus aboutit (…et dévoyé) en est le carnaval de Nice, devenu une institution festive faite non plus pour les niçois, mais pour les touristes. L’évolution extrême de cette tendance consiste, pour les villes qui en ont les moyens, à faire appel à des troupes de professionnels. Les « Arts de la rue », pour spectaculaires – et plaisantes – que puissent être leurs prestations, et nonobstant des discours très « participatifs », ne nous réduisent pas moins au rôle passif de consommateur de spectacles. Est-ce vraiment encore la fête ?

Carnaval d'Aix-en-Provence. 1932.

Carnaval d’Aix. 1932.

Carnaval d'Aix-en-Provence. 2007. Machines-spectacle : la mante religieuse. Photo Serge Panarotto.

Carnaval d’Aix-en-Provence. 2007.

Heureusement, il existe quelques (rares) exceptions, quelques survivances précieuses qu’il convient de faire vivre, tel le carnaval de Murs.

Caramentran 2010. Murs.

Carnaval de Murs 2020 : samedi 28 mars.
Renseignements : mairie de Murs. Tél. 04 90 72 60 00
http://www.communedemurs-vaucluse.fr/

Murs 84220 (Vaucluse)
À 7 km de Gordes, 15 km d’Apt et 22 km de Cavaillon.

Caramentran 2019. Murs.

Le Carême : 40 jours de jeûne avant Pâques.
Mardi-gras : dernier jour où l’on est autorisé à manger gras, c’est-à-dire de la viande et des œufs, avant le début du Carême.
La Mi-Carême : le jeudi de la troisième semaine, les réjouissances sont permises et les interdits alimentaires sont levés ce jour-là. C’est traditionnellement jour de crêpes et de beignets.
Mercredi des Cendres : premier jour du Carême. Le prêtre trace une croix à la cendre sur le front des croyants en signe de pénitence.
Équinoxe de printemps : le 20 mars, date à laquelle la durée du jour est égale à celle de la nuit.

À consulter aussi : Fêtes en Provence