Chapelles de Provence

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Chapelle rurale Saint-Sixte, au cœur des Alpilles. Eygalières (Bouches-du-Rhône).

Partout. Les chapelles sont partout… au cœur ou à la périphérie de chaque ville, de chaque village, de chaque hameau, érigées au sommet des montagnes, lovées au fond des gorges, émergeant des garrigues sauvages, gardiennes des champs, des vignes et des vergers, cachées au profond des forêts, dressées en bienveillantes vigies au-dessus de nos côtes…

Quelle foi a poussé nos ancêtres à couvrir ce pays de ces témoignages de leur piété, de leurs espoirs mais aussi de leurs craintes ?

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Les saintes Maries, Marie Jacobée et Marie Salomé, débarquent en Provence sur une plage de Camargue.

Le christianisme a pénétré très tôt en Provence. Probablement dès la fin du 1er siècle de notre ère, s’il faut en croire la légende des saintes Maries échouées en Camargue ; et il faut croire aux légendes, car elles portent la vérité du cœur.  Mais l’histoire savante nous enseigne aussi qu’au IIIe siècle Arles est déjà le siège d’un évêché (Marcien, évêque en 245), et c’est dans cette ville, en 314, que se tient le premier concile de l’Église alors que l’empereur  Constantin 1er vient à peine de reconnaître la nouvelle religion (édit de Milan, 313). C’est dire l’implantation ancienne et profonde du christianisme dans la belle Provincia.

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Chapelle de Pépiole. pré-romane (Ve-XIIe siècle). Six-Fours-les-Plages (Var).

Mais la religiosité des Provençaux a des racines plus profondes encore. Comme nous le verrons souvent dans ces pages, sous bien des édifices chrétiens dorment les vestiges de temples païens gallo-romains, recouvrant eux-mêmes quelquefois des lieux de culte celto-ligures. Les vierges noires et certains saints sont les héritiers d’anciens cultes agraires de la fécondité. Ils en marquent à la fois la continuité et la mutation ; continuité, car, dans une Provence rurale à 80 % jusqu’au début du XXe siècle, le paysan est d’abord préoccupé par le cycle des saisons, le temps qu’il fera et le rendement des cultures qui le nourrissent ; mutation, car la religion catholique substitue aux rites magico-religieux l’engagement de la foi personnelle. Ce changement de mentalité et de croyance profonde mettra plusieurs siècles à s’imposer dans le peuple.

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Chapelle romane Saint-Thyrse. Castellane (Alpes-de-Haute-Provence).

Car ce peuple est durement éprouvé : la famine le guette, la maladie le frappe cruellement, la peste le décime périodiquement, les barbares et les Sarrasins le razzient et, comble de malheur, les seigneurs et les rois censés le protéger le plongent dans des guerres incessantes et meurtrières. Dans ces temps difficiles, les hommes demandent d’abord à Dieu aide et protection dans la vie présente et promesse d’une vie future… La Vierge et les saints qui sont perçus comme plus accessibles, plus humains, deviennent des intercesseurs privilégiés ; d’où une multitude de chapelles qui leur sont dédiées.

Pourtant, malgré cette misère, au tournant de l’an mille, un miracle se produit. Un formidable essor religieux génère une vague de construction  jamais égalée depuis. Du XIe au XIIe siècle, l’Europe entière se couvre d’abbayes, de cathédrales, d’églises et de chapelles. Innovations architecturales (voûte en pierre…) et élan de la foi s’unissent. C’est l’âge roman, le temps des grands pèlerinages, des croisades, des abbayes conquérantes, de la course aux reliques ; la réforme grégorienne assainit l’Église, qui est au faîte de sa puissance, le Christ règne en souverain des esprits et le culte marial s’impose partout…

Le visage de la Provence en est durablement transformé. Jusqu’aux coins les plus reculés du pays, églises et chapelles lèvent comme moissons en été… Humbles ou fières, simples ou monumentales, les chapelles romanes ponctuent le paysage provençal. Dix siècles après, certaines, construites avec autant de soins que des cathédrales, n’ont presque pas bougé. D’autres ont été profondément remaniées. Dans leurs pierres, on peut lire l’évolution des styles, les flux et reflux des croyances et les vicissitudes de l’histoire.

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Chapelle Saint-Jaume. Lorgues (Var).

La Provence restera longtemps fidèle au modèle roman. Le style gothique, né en Île-de-France au XIIIe siècle, n’aura que peu d’influence ici ; quelques villes y sont sensibles (Avignon, Aix…), mais les campagnes lui sont réfractaires.  Jusqu’au XVe siècle, et même au-delà, on continue à construire selon le modèle roman. Il faudra attendre le XVIe siècle pour que la construction change, mais en s’appauvrissant. Les édifices sont plus vastes, mais construits en moellons et couverts d’un toit de tuiles sur charpente. Rare est la pierre de taille, les plans sont confus, les chevets sont plats et le décor sculpté disparaît… Heureusement, quelques fresques qui ornaient les murs nous sont parvenues.

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Décor baroque, chapelle Notre-Dame-des-Vignes. Visan (Vaucluse).

Les deux styles issus de la Renaissance, l’un fondé sur la raison, le classique, l’autre nourri par la passion, le baroque, ont peu d’écho dans l’architecture religieuse locale, mais ils se retrouvent à l’intérieur des édifices, façonnant de magnifiques retables qui ornent le chœur des sanctuaires. La Provence en possède quelques-uns, à découvrir avec émerveillement en des endroits souvent inattendus.

Après la Révolution, qui a beaucoup détruit, le XIXe siècle s’est surtout attaché à reconstruire et à regagner les âmes. Il n’en ressort aucun style, car ses bâtisseurs n’ont fait que copier les styles précédents (néogothique, néoclassique, romano-byzantin…).

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Chapelle de La Santonne (XXe siècle). Apt (Vaucluse).

Le XXe siècle, malgré une déchristianisation importante, a vu la réalisation de quelques rares mais superbes œuvres. Le fonctionnalisme et les matériaux nouveaux (béton, verre…) y  sont au service d’un indéniable élan spirituel. Il faut aussi mettre à l’actif du présent l’effort considérable de restauration et de revalorisation du patrimoine religieux produit par des fidèles, des associations et des collectivités locales.

Le plus remarquable enfin, c’est que beaucoup de ces lieux vivent ou revivent grâce au maintien et à la relance des pèlerinages et des fêtes locales.

(Texte d’introduction du guide « Chapelles de Provence ». © Panarotto-Édisud)

À voir aussi :
Chapelles de Provence. Le guide.
Chapelles de Provence. Les inédits.

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