Provence couleur lavande

S’il est une fleur, une couleur, une senteur, associée à la Provence, c’est la lavande. L’été, elle modèle et colore les paysages des hautes terres ; en plaine et dans les villes, elle orne les jardins, les squares, les plates-bandes et maintenant les ronds-points. Des traditions, des fêtes, des expositions et des musées lui sont consacrés, car elle porte désormais l’image de ce pays.

Pourtant, la culture de la lavande n’est pas bien vieille ; elle ne date que du début du XXe siècle. Auparavant, les lavandes sauvages étaient cueillies, pour leurs propriétés médicinales et aromatiques, par les bergers et quelques paysans des hauts pays qui y trouvaient un complément de revenus.

Champ de lavandin. Plateau de Valensole. Alpes-de-Haute-Provence.

Champ de lavandin. Plateau de Valensole. Alpes-de-Haute-Provence.

Histoire et place dans l’économie rurale

Connue et utilisée depuis l’Antiquité, la lavande était une « plante précieuse » pour les Romains (Pline l’Ancien). Ces derniers l’utilisaient pour parfumer leurs bains et protéger leur linge des insectes, mites et poux. Cette fonction a perduré à travers le temps et il est toujours de tradition en Provence de glisser un bouquet ou un sachet de lavande sèche dans les armoires et les commodes à linge.
Il est communément admis que l’étymologie du nom est dérivée du latin « lavare » = laver, via l’italien lavanda = qui sert à laver.

Touffes de lavande sauvage. Collines autour de Mane. Alpes-de-Haute-Provence.

Touffes de lavande sauvage. Collines autour de Mane. Alpes-de-Haute-Provence.

Au Moyen Âge, la lavande, considérée comme une plante médicinale, est cultivée dans les jardins des monastères où elle fait partie de la pharmacopée des moines. Étudiée, dès le XIIIe siècle, dans les facultés de médecine de Marseille et de Montpellier, les médecins la prescrivent, sous forme d’huile essentielle, de vin de lavande, d’infusions ou de poudre à ingérer, pour lutter contre les maladies infectieuses. Lors des grandes pestes, elle entre dans la composition des cocktails de plantes aromatiques utilisés, soit en fumigations, soit pour garnir le nez des étranges masques qui servent de protection dérisoire à ceux qui tentent de lutter contre la terrible maladie.

Lavande vraie ou lavande fine. Épis floraux.

Lavande vraie ou lavande fine. Fleurs.

A la fin du XVIIIe siècle, le développement de la parfumerie à Grasse (Alpes-Maritimes) crée une demande en huiles essentielles qui entraîne un essor de la cueillette : l’exploitation des « baïassières » (ou « badassières ») apporte aux paysans de moyenne montagne de nouveaux revenus, bienvenus en des temps où leurs conditions de vie étaient très difficiles. Les badassières sont des pelouses rases, pâturées par les animaux, où les lavandes sauvages poussent plus abondamment.

Plateau d'Albion. Vaucluse. Saint-Trinit. © Serge Panarotto.

Plateau d’Albion. Vaucluse.

Avec l’accroissement de la demande, à la fin du XIXe siècle, on passe progressivement de la cueillette à la culture. Des pieds de lavandes sauvages (lavande fine et lavande aspic), sont mis en culture et les premiers champs apparaissent autour des villages de haute Provence. À partir de 1900, la culture de la lavande fine connaît un essor important et concourt à ralentir l’exode rural dans les zones où elle est implantée. La lavande coupée est distillée sur place, dans des alambics mobiles.

Une nouvelle révolution intervient dans la lavandiculture avec la création, puis la mise en culture intensive, autour de 1920, d’un hybride : le lavandin. Cette variété fournit une huile essentielle abondante mais de moindre qualité que celle issue de la lavande vraie. Cette huile est surtout utilisée dans l’industrie (parfumerie, cosmétique, savonnerie, détergents…). Le lavandin est traité, par distillation à la vapeur, dans de petites unités de production implantées dans les zones de culture.

Champ de lavandin. Saint-Etienne-les-Orgues. Pays de Lure.

Lavandin. Saint-Etienne-les-Orgues. Pays de Lure.

Cette forme d’exploitation connaît son apogée dans les années 1950. Concurrencée dans l’industrie par les produits de synthèse, elle décline mais se maintient cependant, aujourd’hui encore, sur des surfaces quelquefois importantes (plateau de Valensole).

En ce début de XXIe siècle, la mode des produits nature et la vogue de l’aromathérapie ont relancé la demande en huiles essentielles issues de la lavande fine, donc sa culture. Un autre phénomène social important, le tourisme, concourt au maintient de cette odorante culture éminemment photogénique qui magnifie les paysages. Je connais des villages où des champs de lavande sont entretenus plus pour l’attrait touristique qu’ils donnent au lieu et pour les retombées économiques indirectes que cela génère (vente de produits divers et de nuitées en chambres d’hôte, mais surtout subventions agricoles !), que pour leur rendement propre.

Essence de lavande de l'abbaye de Sénanque. Gordes. Vaucluse.

Essence de lavande de l’abbaye de Sénanque. Gordes. Vaucluse.

Miel de lavande de l'abbaye de Sénanque. Gordes. Vaucluse.

Miel de lavande de l’abbaye de Sénanque. Gordes. Vaucluse.

Lavande et lavandes

Ce que l’on appelle communément lavande, se décompose principalement en trois espèces principales ; espèces auxquelles on peut ajouter une quatrième, un peu différente dans sa forme et son implantation.

Lavande aspic. Lavande vraie. Lavandin.

Lavande vraie. Lavande aspic. Lavandin.

Lavande vraie ou Lavande fine ou Lavande officinale. Lavandula angustifolia. La lavande « à feuilles étroites » (angustifolia) forme de petites touffes qui lancent des tiges aux épis floraux uniques. Elle pousse à l’état naturel dans les zones chaudes et rocailleuses des montagnes et des hauts plateaux de Provence, au-dessus de 700-800 m, et jusqu’à 1700 m. Environ 4000 ha, répartis sur 4 départements, sont cultivés pour son huile essentielle fine qui bénéficie d’une A. O. C. (Appellation d’Origine Contrôlée).

Lavande vraie. Montagne de Lure.

Lavande vraie. Montagne de Lure.

Lavande Aspic. Lavandula latifolia (anciennement Lavandula spica, du latin spica = épi). Ses feuilles sont un peu plus larges que celles de la lavande vraie et elle développe des hampes florales à plusieurs épillets. C’est principalement ce critère qui permet de la distinguer. Sauvage, elle pousse entre 0 et 800 m, dans les garrigues ouvertes, les landes et les pelouses arides et sur les versants rocailleux de nos montagnettes. Son odeur est plus camphrée et sa floraison plus précoce (de juin à août). Moins appréciée en parfumerie que la lavande fine, utilisée cependant en aromathérapie, l’Aspic reste au stade de la cueillette et n’est pas cultivée.

Lavande aspic. Environs de Forcalquier.

Lavande aspic. Environs de Forcalquier.

Lavandin. Lavandula x intermedia. C’est un hybride (croisement) de la lavande vraie et de l’aspic. Hybride naturel à l’origine dans les zone de chevauchement de ces espèces naturelles, il a été sélectionné et manipulé par l’homme pour donner des touffes en forme de boules très développées, produisant trois fois plus d’huile essentielle. C’est la principale espèce cultivée (17 000 ha ) pour ces forts rendements et sa facilité d’exploitation (mécanisation). L’extension de sa culture à grande échelle a commencé à partir des années 1930. En ce début de XXIe siècle, cette culture est en régression à cause d’une maladie encore mystérieuse qui entraîne le dépérissement des plants sur de vastes surfaces.

Epis de lavandin.

Lavandin.

À ces trois espèces, souvent confondues, il convient d’ajouter :

Lavande Stéchade ou Lavande des Maures ou Lavande maritime. Lavandula stœchas. C’est une variété sauvage, endémique dans les massifs des Maures et de l’Estérel, caractéristique des maquis ouverts où elle est abondante d’avril à juillet. Ayant peu de qualités aromatiques, elle n’était pas cultivée jusqu’à présent. Cependant, on commence à en voir dans les jardins où elle est désormais appréciée pour ses qualités esthétiques.

Touffe de lavande stéchade. Massif des Maures.

Lavande stéchade. Massif des Maures.

Propriétés médicinales

Selon les traditions anciennes, et aujourd’hui en phytothérapie, la lavande fine aurait des propriétés antiseptiques, bactéricides, parasiticide, désinfectantes, cicatrisantes, calmantes, antispasmodiques et carminatives (évite les ballonnements et les flatulences).

En Provence, la tradition lui prêtait aussi un pouvoir antivenin. En cas de morsure de vipère, il fallait frotter la plaie avec une poignée de lavande.

Des frictions d’huile essentielle ou d’alcoolats de lavande soulagent les rhumatismes et, appliquées sur les tempes, apaisent la migraine. On s’en sert aussi pour soigner les brûlures et les piqûres d’insectes. Les infusions de fleurs sont conseillées pour lutter contre les infections des voies respiratoires, apaiser les problèmes digestifs, combattre l’anxiété et les insomnies.

En aromathérapie, les huiles essentielles de lavande aspic et de lavande stéchade sont des remèdes pour les voies respiratoires et sont réputées avoir un pouvoir anti-infectieux important. Attention : ne pas ingérer d’huile essentielle de lavande stéchade qui est toxique ; celles de lavande fine et de lavande aspic ne le sont pas.

Lavande stéchade ou lavande maritime.. Épi floral : bractées pourpres et fleurs mauves.

Lavande stéchade. Épi floral : bractées pourpres et fleurs mauves.

Rappelons que les lavandes ont été très utilisées, et le sont toujours, pour chasser les mites, les poux et autres insectes indésirables.

Le goût lavande

Le parfum et la couleur de la lavande sont tellement attachés à l’image de la Provence que certains – pas toujours bien inspirés – les ont introduits dans la cuisine et les desserts, pour faire “couleur locale”. En Provence, jamais la lavande n’avait été utilisée dans l’alimentation, pas même pour aromatiser une liqueur. C’était un produit agricole destiné aux parfumeurs ou aux savonniers. Dans les maisons, pour nos grands-mères, tout juste servait-elle à parfumer les armoires et à chasser les mites. Mais, pourquoi ne pas essayer dans la cuisine ? Oui, pourquoi pas… Il faut savoir être audacieux de temps en temps. J’ai donc essayé. Ma conclusion est mitigée : d’accord… à condition que le parfum reste très, très subtil. Il ne faut pas en mettre dans n’importe quoi et avec n’importe quoi. Dans la cuisine, trop fort, c’est une horreur ; en abuser, ce n’est pas donner du goût, c’est une faute de goût. Cet arôme est cependant acceptable et même agréable dans les bombons et dans les glaces… si l’on sait le doser.

 

Coupe de glace à la lavande.

Glace à la lavande.

Voir recette : Glace à la lavande

Géographie de la lavande

Carte des zones de culture des lavandes.

Zones de culture des lavandes.

Pays de Sault et du Ventoux (Vaucluse)

Lavande fine et lavandin.

Villes et villages au sud du mont Ventoux : Sault ; Monieux ; Saint-Trinit ; Aurel.

Plateau d’Albion : Saint-Christol.

Villes et villages au nord du mont Ventoux : Ferrassières ; Brantes.

Champs de lavande à Ferrassières. Nord Ventoux. Drôme provençale.

Ferrassières. Nord Ventoux. Drôme provençale.

Pays d’Apt – Luberon (Vaucluse)

Lavandin.

Ville centre : Apt.

Plateau des Claparèdes – Villes et villages : Bonnieux ; Saignon.

Plateau des Claparèdes. Luberon. Vaucluse.

Plateau des Claparèdes. Luberon. Vaucluse.

Pays d’Apt – Monts-de-Vaucluse (Vaucluse)

Lavandin.

Ville centre : Apt

Villes et villages : Coustellet ; Gordes ; Viens ; Saint-Saturnin-les-Apt ; Lagarde-d’Apt

18-abbaye-senanque-321

Abbaye de Sénanque. Gordes (Vaucluse).

Pays de Forcalquier – Montagne de Lure (Alpes-de-Haute-Provence)

Lavande fine et lavandin.

Ville centre : Forcalquier – Autres : Banon ; Simiane-la-Rotonde ; Opedette ; Saint-Etienne-les-Orgues

Champ de lavande à Simiane-la-Rotonde. Alpes-de-Haute-Provence.

Simiane-la-Rotonde. Alpes-de-Haute-Provence.

Pays du Verdon – Plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence)

Lavandin.

Ville centre : Valensole. Autres : Riez ; Allemagne-en-Provence ; Puimoisson ; Saint-Jurs.

Plateau de Valensole. Culture de lavandin et de sauge sclarée. © Serge Panarotto.

Plateau de Valensole. Culture de lavandin (premier plan) et de sauge sclarée (arrière plan).

Pays de Digne (Alpes-de-Haute-Provence)

Lavandin.

Ville centre : Digne. Autres : Champtercier ; Le Chaffaut-Saint-Jurson ; Mézel.

Amandier et lavandes. Entrevennes (Alpes-de-Haute-Provence). © Serge Panarotto.

Amandier et lavandes. Entrevennes (Alpes-de-Haute-Provence).

Drôme Provençale (Drôme)

Lavandin. Lavande bleue (cette variété de Lavande fine, d’un bleu plus intense et persistant, est cultivée pour la confection de bouquets séchés).

Ville centre : Nyons. Autres : Dieulefit ; Les Tourettes ; Valréas ; Suze-la-Rousse ; Sederon.

Lavande bleue ou lavande à bouquet.

Lavande bleue ou lavande à bouquet.

Pays du Buech – Baronnies (Hautes-Alpes – Drôme)

Lavande fine et lavandin.

Villages centre : Serres

Rosans – Aspres-sur-Buech – Buis-les-Baronnies

Vallée de la Drôme – Diois (Drôme)

Lavande fine et lavandin.

Ville centre : Die. Autres : Bourdeaux ; Luc-en-Diois ; Charens.

Lavande aspic.

Lavande aspic.

Lavandes sauvages

La Lavande vraie pousse en touffes éparses sur les terres pauvres, au-dessus de 700-800 m, dans la montagne de Lure, le mont Ventoux, les pré-Alpes à l’est de la Drôme et les Alpes-de-Haute-Provence (Digne, Gap, Serres…), mais aussi sur les hauts plateaux du Var et des Alpes-Maritimes. Sur les anciens pacages, les « badassières » ou « baïassières » des Provençaux, elle forme des populations plus dense qui sont à l’origine des premières exploitations par simple cueillette, dès le XVIIIe siècle, pour l’herboristerie ou l’aromathérapie.

Lavande vraie ou Lavande fine ou Lavande officinale en fleurs.

Lavande vraie ou Lavande fine ou Lavande officinale.

On trouve, la Lavande aspic, en-dessous de 800 m, sur les petits massif calcaires qui entourent le littoral dans les Bouches-du-Rhône et le Var : Massif-de-l’Étoile, montagne Sainte-Victoire, massif de la Sainte-Baume, montagnes qui entourent Toulon ; et sur les terres pauvres, des arrières-pays dans le Vaucluse, le Var, la Drôme, les Alpes-de-Haute-Provence et les Alpes-Maritimes.

Lavande aspic. Montagne Sainte-Victoire. Vauvenargues. Bouches-du-Rhône.

Lavande aspic. Montagne Sainte-Victoire. Bouches-du-Rhône.

L’aire de répartition de la Lavande stoechade couvre les massifs cristallins des Maures et de l’Esterel ainsi que les îles de Porqueroles.

Lavande stéchade et cistes. Massif des Maures. Sommet des Terriers. Var.

Lavande stéchade et cistes. Massif des Maures.

3 réflexions sur “Provence couleur lavande

  1. Pingback: La Provence | KEEP CALM … and start a new life !

  2. Un autre aspect que vous ne montrez pas, c’est les kilomètres de plastiques(qui finissent dans le calavon et la durance), de désherbants, d’engrais et les tonnes de fioul utilisé pour l’industrie des pousses de lavandes en pays d’apt par exemple..

    • Oui, c’est un problème, parmi bien d’autres, lié à l’agriculture intensive, en Provence comme ailleurs. Oui, comme vous j’y suis sensible, comme je suis également préoccupé par la dégradation de certains paysages, en particulier autour des agglomérations (banlieurdisation, artificialisation des sols, zones commerciales toutes identiques, panneaux publicitaires envahissants…). Oui, je déplore le mitage de nos collines par ces résidences et ces « villas » qui clôturent et fractionnent de vastes espaces autrefois ouverts et libres (Luberon, Alpilles…). Oui, je suis horrifié par le cancer de la bétonisation qui continue à croître sur nos côtes, y compris dans des zones littorales comme le littoral varois qui semblait jusqu’à présent moins touché… Et pourtant, la Provence est toujours belle et il fait encore bon y vivre. Mais, je suis conscient qu’il faut se battre pour préserver ce beau pays et pour que nos enfants puissent aussi profiter du bonheur de vivre ici.

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