Jardins et châteaux de la Côte d’Azur

Du paysage méditerranéen à l’Eden réinventé

Peut-on imaginer la Côte d’Azur sans ses milliers de palmiers, sans ses murs tapissés de rose vif par les bougainvilliers ou de bleu pâle par les plumbagos ?

Palmiers, eucalyptus, cycas… Jardin botanique de la villa Thuret, à Antibes.

Palmiers, eucalyptus, cycas… Jardin botanique de la villa Thuret, à Antibes.

Qu’était ce paysage sans les griffes géantes, vert glauque, des agaves, sans l’éclat vermillon des aloès fleuris ou l’or mousseux des mimosas ? À quoi ressemblait ce pays sans ces orangers, ces citronniers, ces bananiers, ces yuccas et ces centaines de variétés de fleurs venues d’ailleurs (agapanthe, clivia, alpinia, fushia, “oiseaux de paradis »…) qui colorent ses hivers et illuminent ses étés ?

Aloès, yucca éléphant, olivier et cyprès, flore sub-tropicale et flore méditerranéenne dans le jardin Hanbury, à la frontière italienne.

Aloès, yucca éléphant, olivier et cyprès, flore sub-tropicale et flore méditerranéenne dans le jardin Hanbury, à la frontière italienne.

Il est difficile de concevoir que cet environnement qui nous enchante est vieux, tout au plus, d’un siècle et demi. Le paysage de la Riviera a été largement modifié par le travail de quelques botanistes et de nombreux jardiniers. Profitant d’un climat ensoleillé, doux et constant, ils ont importé, acclimaté puis largement diffusé des plantes venues des régions chaudes de la planète. Certaines ont sauté le mur des jardins (mimosas, eucalyptus, agaves, figuiers de barbarie…) et se sont mêlées aux plantes méditerranéennes endémiques ou anciennement installées (pistachiers, myrtes, pittospores, genévriers, lauriers, pins, chênes, oliviers, cyprès, caroubiers…), créant un paysage nouveau qui nous est désormais familier. La plantation massive, depuis la fin du XIXe siècle, de nombreuses variétés de palmiers, de yuccas et de cycas, dans les parcs publics et privés et le long des avenues urbaines, renforce l’impression qu’on ressent, de vivre au sein d’un Eden subtropical.

Jardin Serre de la Madone, à Menton.

Jardin Serre de la Madone, à Menton.

Belles ou curieuses, humbles ou prestigieuses, ces plantes exotiques ont d’abord transité par des jardins spécialisés créés par des savants naturalistes (Villa Thuret à Antibes, Jardin Exotique à Monaco…) ou par des amateurs éclairés et passionnés (villa Noaïlles à Grasse, Serre de la Madone et Val Rhameh à Menton, Jardin Hanbury à Vintimille…). Ces grands jardins existent toujours. La villa Thuret a fêté ses 150 ans et le Jardin Exotique de Monaco le centième anniversaire de ses premières plantations de succulentes. Val Rhameh et Hanbury ont été repris par des universités et Serre de la Madone vient d’être restauré. Ce courant alliant science et plaisance, et aujourd’hui pédagogie, se maintient et se renforce avec la création de nouveaux espaces : jardin botanique et parc Phoenix à Nice, arboretum à Roure et jardin médiéval à Sainte-Agnès.

Jardin médiéval à flanc de rocher, sous les ruines du château, à Sainte-Agnès.

Jardin médiéval à flanc de rocher, sous les ruines du château, à Sainte-Agnès.

Entre 1860 et la première guerre mondiale, c’est la grande époque de la Côte d’Azur. À la suite des Anglais puis des Russes, les souverains, les aristocrates et les grand bourgeois de l’Europe entière viennent “hiverner” et se font construire de somptueuses demeures parées de jardins magnifiques. Les styles sont éclectiques et composites. On trouve souvent sur un même domaine un jardin régulier d’influence française ou italienne devant la villa et, autour, un parc paysager à l’anglaise avec lac, rocaille et fabriques. Des morceaux de paysages méditerranéens sont conservés (oliveraies, grands pins, bosquet de lauriers…) et l’ensemble est agrémenté d’essences exotiques (palmiers, araucarias, cèdres, pins des Canaries, strelitza regina…). Le domaine de Valrose, à Nice, en est un exemple assez complet. Au Cap-Ferrat, la baronne Ephrussi de Rothschid s’entoure même d’une véritable collection de jardins du monde.

Sculptures et collection d'agrumes. Jardin du palais Carnolès à Menton.

Sculptures et collection d’agrumes. Jardin du palais Carnolès à Menton.

Ces touristes de luxe, qui ont fait la fortune du pays, ont aussi sauvé ses châteaux. À l’exception du Palais Princier de Monaco, possession des Grimaldi depuis 700 ans, et du château de Villeneuve, qui appartient à la famille de Panisse Passis depuis trois siècles, tous les autres châteaux historiques ont été, à un moment de leur histoire, rachetés et restaurés par des étrangers : La Napoule, Gourdon, Cagnes, Roquebrune… Ils sont aujourd’hui gérés par des fondations ou des municipalités qui les ont transformés en musées et en centres de culture. Les édifices qu’on peut voir remontent au Moyen Âge mais ont été profondément transformés aux XVIIe et XVIIIe siècles. La citadelle de Villefranche témoigne de l’architecture militaire des Temps Modernes. C’est également à cette époque qu’ont été édifiés les beaux hôtels particuliers de Grasse et le Palais Carnolès à Menton. Quelques jardins historiques subsistent, comme le jardin le Nôtre et la terrasse italienne du château de Gourdon (XVIIe s.) ou le jardin du monastère de Cimiez (XVIe s.).

Jardin suspendu. Château de Gourdon.

Jardin suspendu. Château de Gourdon.

La première moitié du XXe siècle se caractérise par un effort de synthèse et de créativité. De véritables paysagistes, et des artistes, composent des jardins plus harmonieux et plus originaux intégrant les apports exotiques au substrat méditerranéen (château de La Napoule, villa Domergue, à Cannes, les Colombières, à Menton…). C’est aussi la période où poussent en bord de mer les villas bourgeoises, les hôtels et les casinos, tous pourvus de parcs exubérants. Les villes, en bordant leurs rues de palmiers, de magnolias, d’orangers ou de lauriers roses, et en peuplant leurs squares de plantes et de fleurs rares, deviennent elles-mêmes des jardins.

Jardin des Fleurs de poterie à Gattières.

Jardin des Fleurs de poterie à Gattières.

L’époque contemporaine a vu la création de quelques beaux parcs publics (Exflora à Antibes, Phoenix à Nice, jardin japonais à Monaco…). On redécouvre et on restaure les grands jardins du passé et on préserve le futur dans des jardins botaniques conservatoires. Mais les simples plaisirs contemplatifs et les petits bonheurs botaniques, on les trouvera dans ces jardins privés, animés par des passionnés : la Pomme d’Ambre à Fréjus, Fort de France à Grasse, Fleurs de poterie à Gattières ou le Clos du Peyronnet à Menton.

Voir aussi : Jardins et châteaux de la Côte d’Azur : le guide.

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