Châteaux de Provence

Histoire et histoires

Visiter les châteaux de Provence, c’est se frotter à l’histoire de ce pays, la grande et la petite, parcourir l’infinie variété de ses paysages et approcher son art de vivre.

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Forteresse de Mornas (Vaucluse).

Du Haut Moyen Âge (Xe-XIe siècles), il reste quelques donjons, tours carrées en belles pierres, isolées (Taradeau, Saint-Martin-de-Brômes…) ou, le plus souvent, intégrées à des châteaux remaniés au cours des siècles (Ansouis, Esparron, Seyne-les-Alpes…).

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Tour dite Templière (XIIIe siècle). Saint-martin-de-Brômes (Alpes-de-Haute-Provence).

Aux XIIIe et XIVe, apparaissent des châteaux-forts plus vastes et plus complexes. Parmi les mieux conservés : le château du Roi René à Tarascon, le Palais des Papes à Avignon et le Fort Saint-André à Villeneuve. D’autres ont été détruits, laissant des ruines spectaculaires (Les-Baux-de-Provence) ou romantiques (Orgon, Bargème, Lacoste…). C’est aussi le temps où les villes s’entourent de nouvelles enceintes dont quelques-unes subsistent aujourd’hui (Avignon, Pernes-les-Fontaines…).

Fort Saint-André à Villeneuve-lès-Avignon (Gard). Construit entre 1362 et 1368.

Fort Saint-André à Villeneuve-lès-Avignon (Gard). Construit entre 1362 et 1368.

La Renaissance marque une rupture, timide en Provence, mais qui s’affirmera par la suite, entre la fonction résidentielle du château et sa fonction militaire. Le château devient une résidence de plaisance. De larges fenêtres percent les murs, des cours d’honneur sont créées, un décor sculpté apparaît, les salles sont plus vastes, dotées de belles cheminées et de plafonds peints. Néanmoins, les temps restant, ici, plutôt agités, l’ensemble garde ses tours et son aspect extérieur massif et défensif.

Château de La Tour-d'Aigues (Vaucluse). Une forteresse médiévale entièrement remodelée à la Renaissance et détruite lors de la Révolution.

Château de La Tour-d’Aigues (Vaucluse). Une forteresse médiévale entièrement remodelée à la Renaissance et détruite lors de la Révolution.

Ces changements se manifestent de deux façons : soit le château primitif est profondément transformé et augmenté (Château-Arnoux, Lourmarin, Suze…), soit il est abandonné et un autre château est construit sur un site proche mais plus ouvert (Aiguines, Vins…).

À  cette époque naît aussi un modèle de château qui va perdurer jusqu’au XIXe siècle. C’est un édifice carré ou rectangulaire, flanqué de quatre tours rondes. Ses deux façades, très sobres, sont percées de fenêtres régulières. L’étage noble est le 1er. Il est généralement surmonté d’un second étage en attique. Ce modèle, avec quelques variantes (il peut n’avoir que deux tours), va se diffuser dans toute la Provence (Château l’Arc, Tourtour, La Palud, la Môle, Vauvenargues, Rustrel…). Son aspect un peu sévère est compensé par la régularité de ses proportions. Le raffinement se réfugie à l’intérieur avec de belles cheminées et une ornementation en gypseries, ces riches décors de plâtre moulé très répandus dans les belles demeures provençales.

Château d'Aiguines (Var). Face au lac de Sainte-Croix.

Château d’Aiguines (Var). Face au lac de Sainte-Croix.

Le grand siècle des châteaux en Provence se situe, en réalité, à cheval sur les XVIIe et XVIIIe siècles. Autour d’Aix, puis dans le reste de la Provence, la noblesse de souche et la nouvelle noblesse de robe (les parlementaires) inventent la “bastide”. Ces aristocrates résident principalement dans les villes où ils habitent de somptueux hôtels particuliers (Aix, Arles, Avignon…). Ils se font aussi construire à la campagne des résidences de plaisance où ils passent l’été. Ce sont de simples pavillons (Trimond, L’Enfant…) ou de véritables châteaux (La Mignarde, La Pioline…). De belle harmonie, les façades sont largement ouvertes par de grandes fenêtres et un balcon d’honneur, elles sont décorées de pilastres, de frises et de mascarons. L’ensemble est posé sur des terrasses à balustrades qui se prolongent par de vastes jardins à la française et quelquefois par un parc. C’est aussi à cette époque que sont construits ou remodelés quelques-uns des plus beaux châteaux de ce pays : Barbentane, Sauvan (à Mane), Grignan, La Barben, Ansouis, Entrecasteaux, Borély (à Marseille) …

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Pavillon Vendôme. Aix-en-provence.

Parallèlement, l’architecture militaire évolue profondément sous la pression des progrès de l’artillerie. Au XVIe, apparaît un type de fort que l’on peut qualifier de “tour à canons”. Il s’agit de fortifications composées principalement de tours rondes massives et de courtines basses (château d’If à Marseille, Tour royale à Toulon, forts des îles d’Hyères…). Le XVIIe siècle voit l’avènement des fortifications “à la Vauban”. Les tours disparaissent au profit des bastions. Le fort, de plus en plus compact, s’enterre. En bord de mer et aux frontières, des châteaux (Fort-de-Bouc, Fort Saint-Nicolas, Château-Queyras…), des places-fortes (Sisteron, Seynes, Colmars…) et même des villes sont créées ou remodelées selon ces principes (Briançon, Mont-Dauphin…).

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Château-Queyras. Un château médiéval refortifié par Vauban à la fin du XVIIe siècle. Hautes-Alpes.

Pendant la Révolution, de nombreux châteaux sont détruits ou gravement endommagés (La Tour-d’Aigues, Valbelle, Les Arcs…), certains ont même aujourd’hui totalement disparus. Le 1er Empire a peu construit dans notre région. Après la Restauration, les nobles qui ont pu récupérer leurs biens se sont surtout attachés à les reconstituer.

Batterie napoléonienne du Cap-Nègre (Var).

Batterie napoléonienne du Cap-Nègre (Var).

Au XIXe, Marseille sera le centre de toute nouvelle création, avec la construction des Palais du Pharo et de Longchamp, mais surtout, avec le phénomène des  “bastides marseillaises”. La bourgeoisie marchande en édifie des milliers ! Entre simple maison de maître et véritable château, les styles sont très variés : maisons bourgeoises, petit bijou néoclassique ou pastiche néomédiéval… La plupart ont été détruites par l’urbanisation prolifèrante des trente dernières années.

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Marseille. Au premier plan : le fort Saint-Nicolas (fin XVIIe siècle). Au second plan : le palais du Pharo, construit sous Napoléon III (XIXe siècle).

Le XXe siècle est celui de la renaissance des châteaux historiques. D’abord à l’initiative de particuliers qui, à leurs frais, relèvent les ruines, restaurent et réveillent ces témoins du passé ; puis, le mouvement est relayé, en fin de siècle, par les collectivités locales qui y voient un atout touristique. Domaine public ou domaine privé, nombreuses sont les demeures historiques aujourd’hui ouvertes au public.

Pour en savoir plus :
Châteaux de Provence : le guide.

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