Crèche et santons de Provence

Santons Bourges. Saint-Rémy-de-Provence. Photo Serge Panarotto.

Santons Bourges. Saint-Rémy-de-Provence.

La crèche et le petit monde merveilleux des santons qui la peuple est une des composantes indispensables des fêtes de Noël dans les familles provençales. Tradition toujours vivante et sans cesse revivifiée par des créations nouvelles, elle fait la joie des enfants et la fierté des Provençaux. De nos jours elle a dépassé, tout en la perpétuant, sa fonction religieuse, manifestation de la foi naïve des anciens, pour devenir partie prenante de l’identité provençale. Elle véhicule aussi une image naïve, colorée et plaisante, d’une Provence qui, par sa culture et son art de vivre, rayonne bien au-delà de notre région.

Santons Daniel Scaturo. L'Offrande des rois. Photo Serge Panarotto.

Nativité et adoration des rois par Daniel Scaturo.

À l’approche de la Sainte Barbe (4 décembre), pour beaucoup d’entre nous, faire sa crèche est un plaisir délicieux. À la crèche familiale, ressortie des cartons, on ajoute quelques santons nouveaux, un puits, un lavoir… achetés avec les enfants ou les petits-enfants, à des santonniers et des crèchistes qui installent leurs stands sur les places de nos villes et de nos villages, lors de ces nombreuses foires qui fleurissent de fin novembre à fin décembre.

Crèche familiale. Santons : Escoffier, Mayans, Richard. Crèche : François Dalmas. Photo Serge Panarotto.

Crèche familiale. Santons : Escoffier, Mayans, Richard. Crèchiste : François Dalmas.

Créer des crèches et des santons est un art moins frivole qu’il n’y paraît. C’est à la fois la manifestation concrète d’une tradition religieuse et culturelle, un métier avec ses savoir-faire et un artisanat d’art dans lequel le santonnier exprime sa sensibilité et sa vision personnelle de cette tradition. Si le cœur de crèche est plutôt ritualisé, autour règnent la créativité et l’inventivité. On pourrait distinguer un premier cercle, codifié, très restreint : la nativité (Jésus, Marie, Joseph, l’âne et le bœuf) ; un second cercle comprenant les orants (bergers, quelques villageois caractéristiques inspirés par les Pastorales) et les Rois mages ; un troisième cercle, plus vaste et plus ouvert où l’on trouve de véritables villages et paysages provençaux pouvant compter des dizaines (voire des centaines…) de santons animant des scènettes, des métiers et des tranches de vie d’autrefois embellis par l’imaginaire populaire.

Nous verrons plus loin que les crèches (et quelques santons) ont une histoire, simple lorsqu’elle est légendée, plus riche et complexe lorsqu’on creuse plus en profondeur. En attendant, place à la ronde des santons.

La nativité

Santons Thérèse Neveu. Nativité.

Nativité. Santons Thérèse Neveu.

C’est le cœur et la raison d’être de la crèche. Elle comprend :
L’Enfant Jésus, couché sur la paille d’une mangeoire. Marie, sa mère et Joseph son père. L’âne et le bœuf, qui de leurs souffles réchauffent l’enfant.
L’ange Gabriel (celui de l’Annonciation à Marie, le messager de Dieu) ou l’ange « Bouffareu » celui qui souffle dans une trompette pour annoncer la Bonne Nouvelle.
L’étoile. On la place au-dessus de la crèche. Elle est indispensable car c’est elle qui guide d’abord les bergers, puis les rois mages et tous ceux qui vont venir adorer l’Enfant, vers le lieu de sa naissance.
Si la crèche se prépare dès le 4 décembre (la Sainte-Barbe), l’enfant Jésus n’est placé en son cœur que le 24 décembre au soir du réveillon.

Les bergers (li pastre)

Berger et moutons. Crèche provençale. Santons Arterra. Marseille. Photo Serge Panarotto.

Le berger. Santons Arterra. Marseille.

Prévenus par l’ange, ils sont les premier à recevoir la Nouvelle et à se présenter devant l’étable et la Sainte Famille. Leur nombre est libre, mais il y a des incontournables.
Le maître berger (le bayle) ; c’est le plus vieux, il est souvent représenté à genoux accompagné d’un agneau de l’année. Le berger endormi. Le berger qui porte l’agneau sur ses épaules. La bergère. Quelques moutons debout ou couchés, une ou deux chèvres et un chien.

Bergers et moutons. Crèche provençale. Santons Escoffier. Marseille. Photo Serge Panarotto.

Bergers et moutons. Santons Escoffier. Marseille.

Les Rois Mages (Li tres Rès)
Venus de contrées lointaine représentant les trois continents connus dans l’Antiquité, l’Occident (Europe), l’Asie (Moyen Orient, Arabie et Inde) et l’Afrique, ils ont suivi une étoile qui les a mené jusqu’à Bethléem pour rendre hommage à l’Enfant-Dieu. Ils apparaissent dans le Nouveau Testament (évangile de Matthieu), mais leur nombre n’est pas spécifié et ils ne sont pas nommés. Une tradition qui remonte au Moyen Âge (XIIIe-XIVe siècle) à fixé leur nombre à trois, leur a donné des noms, et a défini leurs attributs et leur symbolisme.

Crèche provençale. Rois mages. Santons Mayans. Venelles. Photo Serge Panarotto.

Rois mages. Santons Mayans. Venelles.

C’est cette tradition qui est reprise dans les crèches. Il y a :
Melchior. C’est le plus vieux, il est de race blanche et porte une longue barbe. Il représente l’Occident. En cadeau il apporte l’or qui symbolise la dignité royale et le pouvoir. Gaspard, entre deux âges, il a la peau jaune ou bronzée et porte une courte barbe noire. Il représente l’Asie. En cadeau il apporte de l’encens qui symbolise la divinité et le pouvoir sacerdotal (le prêtre).  Balthazar, le plus jeune, a la peau noire. Il est imberbe ou porte une barbichette noire. Il représente l’Afrique et son cadeau c’est la myrrhe (gomme-résine aromatique) qui symbolise la Passion (l’amour).
Les rois mages ne sont placé dans la crèche qu’au moment de l’épiphanie, le 6 janvier.

Crèche provençale. Arrivée des rois mages. Santons Filippi. Photo Serge Panarotto. Arles.

Arrivée des rois mages. Santons Filippi. Arles.

Les prieurs
Au plus près de la Nativité, à côté des bergers, on place un ou deux prieurs : paysans et paysannes agenouillés, en prière.

Les personnages de la pastorale
Les pastorales sont des pièces de théâtre jouées pendant la période calendale. Elles narrent, sur un mode humoristique et naïf, la Nativité annoncée aux bergers et à des villageois provençaux. Les deux plus célèbre, celles qui ont inspirées les santonniers dès le milieu du XIXe siècle, sont la Pastorale Maurel et la Pastorale Audibert, dont les personnages principaux, devenus d’indispensables santons sont :

L’ange Bouffarel (pastorale Audibert).
L’ange Gabriel (pastorale Maurel).
Le ravi (lou ravi). Il lève les bras au ciel, ravi par la Bonne Nouvelle. Il a son pendant féminin : la ravie (la ravido).

Le ravi à sa fenêtre. Crèche Oustau de Provence. Aix-en-Provence. Photo Serge Panarotto.

Le ravi à sa fenêtre. Crèche Oustau de Provence. Aix-en-Provence.

Le rémouleur (l’amoulaïre). Il se nomme Pimpara. Passant de village en village et de quartier en quartier, il colporte les nouvelles (…et les rumeurs).

Le Boumian : le bohémien, son fils Chicoulet et la Bohémienne Chiquita. Lui porte un couteau à la ceinture, elle un enfant dans les bras ou un tambourin. Ce sont les saltimbanques et les « méchants » de la crèche ; mais, rassurez vous, à la fin de la pastorale, ils sont eux aussi touchés par la grâce et deviennent bons.

Feu de camp. Bohémiens en Camargue. Santons Escoffier. Marseille. Photo Serge Panarotto.

Camp de bohémiens en Camargue. Santons Escoffier. Marseille.

Les trois vieux : Margarida et Jourdan (ils sont époux) et Roustido (chapeau claque, ancien notaire, c’est le « bourgeois » de la crèche).
Nourado : la vieille. Elle porte un panier de fougasses et de pompes.
Les petits vieux Grasset et Grassette. Ils se tiennent par le bras.

Le fermier Benvengu. A l’origine il est alcoolique, mais le « politiquement correct » fait qu’il disparaît peu à peu des crèches et des étals des santonniers.

Le meunier (lou mòunié) Barnabéu. Il est représenté à pied avec un sac sur l’épaule ou assis sur son âne. Indispensable dans la crèche, il témoigne de l’importance du blé, de la farine et du pain dans l’alimentation de nos ancêtres.

Les valets de ferme. Les plus célèbres sont Pistachié, Jigé et Bartoumiù. Avec quelques autres, dont les valets porteurs de lanterne, ils sont issus de différentes pastorales. L’indispensable Pistachié est représenté un peu ahuri, les vêtements rapiécés et portant en offrande une morue et une pompe, deux mets typiques des Noëls provençaux.

L’aveugle et son fils Simon. L’enfant guide le père. Épisode important des pastorales où, à la fin, l’aveugle retrouve la vue ainsi que son second fils qui avait été enlevé par les bohémiens.

Le ramoneur Toupinet.

 

Les porteurs d’offrandes
Ce sont tous les villageois qui apportent en présents à l’Enfant Jésus les produits de leur jardin, de leur ferme ou de leur métier. D’où, une multitude de santons émouvants de simplicité : femme à la poule, femme à la pompe, femme ou homme à la courge…

Autres personnages indispensables ou très présents.
Le maire (lou conse), ceint de son écharpe tricolore.
Le curé (lou capelan). Le moine (saint François d’Assise, patron des santonniers).
Le garde champêtre.

La fileuse (la filarello). Représentée jeune ou vieille, une quenouille à la main. Personnage important des veillées d’antan.

La femme ou l’homme à la chèvre.

Les chasseurs. Dans la Provence historique (rurale mais aussi urbaine), la chasse est (…a été) une activité très importante (de loisir et vivrière) et des chasseurs figurent déjà dans les premières crèches populaires.

Les pêcheurs. Lou pescadou, le pêcheur professionnel est représenté avec un filet de pêche et un panier plein de poissons et lou pescaïre, le pêcheur amateur, avec une canne.
La poissonnière est représentée en vendeuse de rue, avec son panier et sa balance romaine, ou debout devant son étal. On rencontre ces personnages dès les origines des crèches populaires car ne faut pas oublier que les santons en terre sont nés à Marseille et que la Provence est aussi une côte, le plus souvent rocheuse, riche en poissons et en fruits de mer.

Le pêcheur et la poissonnière. Santons Richard. Aix en Provence.

Le pêcheur et la poissonnière. Santons Richard. Aix-en-Provence.

Le porteur de pain, le boulanger et la boulangère. Le pain a été l’aliment principal du petit peuple et ces santons sont présents dès les premières crèches.

La porteuse de cruche. Aller chercher l’eau à la fontaine, des temps bibliques jusqu’au début du XXe siècle, a été une des tâches réservées aux femmes. Tâche vitale, dont la crèche se fait encore l’écho.

Fontaine de crèche. Aubagne. Santons Fanny.

Femme à la fontaine. Santons Fanny. Aubagne.

Les lavandières. Laver le linge au lavoir a été longtemps une corvée féminine importante (et harassante). Il faut cependant distinguer les lavandières, dont c’était la profession, des bugadières (de bugado), lessive en provençal), ménagères dont c’était une des tâches domestiques. Le lavoir était un des lieux important de la sociabilité féminine.

Le lavoir, Santons Karine Chaix. Aubagne. Photo Serge Panarotto.

Au lavoir, création de Karine Chaix.

Crèche provençale. L'étendage. Santons Richard. Aix-en-Provence. Photo Serge Panarotto.

L’étendage. Santons Richard. Aix-en-Provence.

Les Arlésiennes. Jeune portant un bouquet, vieille un missel à la main, montant un cheval camarguais, en ronde farandolesque, les Arlésiennes, portant le costume traditionnel devenu le plus emblématique de la Provence (grâce à Frédéric Mistral), sont très présentes dans nos grandes crèches.

Arlésienne. Santon Daniel Galli.

Arlésienne. Daniel Galli. Ansouis.

Le gardian. Il est à pied, avec son trident (lou ficheroun), accompagné de chevaux et de taureaux, à cheval, seul ou avec une arlésienne en croupe.

Crèche provençale. Gardian de Camargue avec taureaux et cheval. Santons Cavasse-Fery. Aix-en-Provence. Photo Serge Panarotto.

Gardian de Camargue. Santons Cavasse-Fery. Aix-en-Provence.

Les vagabonds et les mendiants montrent que les plus pauvres ne sont pas oubliés.

Les marchands, les marchandes et les petits métiers de la rue
Nous en avons déjà rencontré quelques uns (le rémouleur, la poissonnière, les porteurs d’eau, le ramoneur…), mais ils sont nombreux, ces témoins naïfs d’une vie sociale animée qui a disparu de nos rues : la marchande de légumes, la laitière, la vendeuse de limaçons, la marchande de brousses (fromages frais), la vendeuse d’ail, la laitière, l’étameur,…

La fête en Provence, musique et danses

Joueur de fifre et de tambourin et arlésienne. santons Flore. Aubagne. Photo Serge Panarotto.

Tambourinaïre et arlésienne. santons Flore. Aubagne.


Le tambourinaïre. C’est le joueur de fifre et de tambourin, incontournable de la musique provençale, il joue les Noëls (chants traditionnels des Noëls provençaux) et mène la farandole.

Le joueur de guitare. Il fait partie des bohémiens. Le joueur de violon et le joueur d’accordéon. On le trouve dans les petits orchestres des Alpes et des Alpes Maritimes. Joueur de « bachas ». Un gros tambour, d’un diamètre assez large et à fût plutôt court. Certains instruments aujourd’hui peu usité ou disparus, sont encore présents dans le monde des santons : le joueur et la joueuse de vielle, le joueur de cabrette (cabreto) qui est une petite cornemuse en peau de chèvre, le joueur de tymbalons, une paire de petits tambours, attaché à la ceinture ou le joueur de tympanons, un instrument à cordes, sorte de cithare sur table.

La farandole. Dès l’origine des crèches populaires, les santonniers ont tous créé des santons dansant la farandole qui est la danse reine des fêtes provençales.

La farandole. Santons Thérèse Neveu.

La farandole par Thérèse Neveu. Vers 1930.

La crèche s’enrichit

Place de village (détail). Santons Saurel. Le Village des Santons. Aubagne. Photo Serge Panarotto.

Place de village. Santons Saurel. Le Village des Santons. Aubagne.

Au fil du temps, les crèches d’église et les crèches familiales se sont agrandies, débordant le cadre de la Nativité et des personnages des pastorales, pour devenir de véritables représentations d’un village provençal idéalisé et de la vie quotidienne des Provençaux, telle qu’il est agréable de se l’imaginer : simple, conviviale, bon-enfant, bref le « bon vieux temps ». Une Provence d’abord figée au XIXe siècle, qui évolue en incluant l’esprit IIIe République (le maire, le curé, l’instituteur, le garde champêtre, le facteur…), puis déborde sur le XXe siècle. Les santonniers créant désormais chaque année de nouveaux personnages ont d’abord puisé leur inspiration en incluant des métiers anciens traditionnels (maréchal-ferrant, forgeron, tonnelier, bûcherons…) et des scènes de vie quotidienne plus intimes (femmes enceintes, enfants jouant, loisirs…). Ils ont ensuite abordé des secteurs de la vie sociale qui avaient été laissés de côté (commerçants, ouvriers, travailleurs agricoles…) et des secteurs touchant à l’image « typique » de la Provence (pétanque, lavande, olivades…). Enfin, certains en sont arrivé à créer des santons plutôt incongrus dans une crèche (père Noël, pape, légionnaire, jazzman, serveuse de bar…).

Vie quotidienne et loisirs
Les femmes et les enfants.

La partie de boules.

La crèche provençale. La partie de boules. Santons Richard. Aix-en-Provence. Photo Serge Panarotto.

La partie de pétanque. Santons Richard. Aix-en-Provence.

La partie de cartes, les ramasseurs de champignon et d’escargots…

Crèche provençale. Les joueurs de carte. Santons Magali. Aubagne. Photo Serge Panarotto.

Les joueurs de carte. Santons Magali. Aubagne.

Les métiers de l’artisanat et de service
La crèche est un conservatoire des métiers anciens et pour certains oubliés : le maréchal ferrant et le forgeron, le tonnelier, le cordonnier et le sabotier, le bûcheron et le bouscanier, le sourcier et le puisatier… Certains métiers toujours actuels y figurent sous des formes anciennes, tels le facteur, le pompier ainsi que des métiers de service : le maître d’école et la maîtresse (et leurs élèves), le docteur et l’infirmière, le barbier et le coiffeur, le cuisinier, le cabaretier…

Atelier du maréchal ferrant. Santons Escoffier. Marseille. Photo Serge Panarotto.

Le maréchal ferrant. Santons Escoffier. Marseille.

Crèche provençale. L'instituteur. Santons Richard. Aix-en-Provence. Photo Serge Panarotto.

Crèche provençale. Le maître d’école. Santons Richard. Aix-en-Provence.

On notera l’absence jusqu’à très récemment des métiers du bâtiment : maçon, tailleur de pierre, murailler, peintre, charpentier, menuisier… métiers pourtant très pratiqués dans les sociétés anciennes. Deux explications qui me semblent satisfaisantes m’ont été fournies, l’une par un prêtre, l’autre par un santonnier. La principale est que, tant que la crèche était centrée sur sa fonction religieuse, saint Joseph représentait à lui seul tous les métiers manuels. La seconde, moins conventionnelle mais très plausible, est que l’Église et les fidèles catholiques se méfiaient des ouvriers, milieux plus enclins à l’anticléricalisme et soumis aux influences des sociétés de compagnonnage et des syndicats ayant leurs propres rites et vision du monde. Aujourd’hui ces verrous ont sautés et les santonniers s’en donnent à cœur-joie pour rattraper le temps perdu et donner à ces nobles métiers leurs dignes petits représentants d’argile.

Les métiers de l’agriculture

Le champ de lavande. Santons Cavasse-Fery. Aix-en-Provence. Photo Serge Panarotto.

Le champ de lavande. Santons Cavasse-Fery. Aix-en-Provence.

Célébrant la Nativité, c’est-à-dire Noël, au cœur de l’hiver, les petits personnages de la crèche sont longtemps restés cantonnés à cette saison. À de rares exception, les activités se déroulant à d’autres saisons, printemps, été et automne, n’étaient pas représentées. Les santons illustrant les tâches quotidiennes à la ferme durant toute l’année, tels fermiers et fermières s’occupant des animaux ou donnant à manger aux volatiles de la basse-cour (poules, poussins, oies, canards, lapins…), ou les jardiniers, étaient présents dès l’origine des crèches, mais les travaux des champs tels la fenaison, les moissons, les semailles, les vendanges et les olivades, n’ont fait leur entrée en force dans les crèches que depuis le dernier quart du XXe siècle. Cela nous donne de merveilleux petits santons : les faucheurs et les moissonneurs, les coupeurs et les ramasseuses de lavande, l’apiculteur, les vendangeurs, le semeur et la semeuse, les cueilleuses et cueilleurs d’olives, le rabassier (chercheur de truffes)…

Les animaux

Basse-cour. Santons Coulomb. Le Village des santons. Aubagne. Photo Serge Panarotto.

Basse-cour. Santons Coulomb. Le Village des Santons. Aubagne.

En plus des vedettes incontestables, l’âne et le bœuf de la Nativité, des moutons et des chameaux ou des éléphants qui accompagnent les rois mages, la faune de la crèche est variée mais principalement domestique : le cheval du gardian, les ânes et mules comme montures ou porte-charges, les chèvres, les cochons, les chiens de berger, de chasse ou de ferme, et quelques chats. La basse-cour est bien fournie : poules et poussins, coqs, oies, dindons, pigeons, lapins…

La colombe du Saint Esprit, ailes déployées à plat, tête en bas, qu’on trouvait dans quelques crèches du XIXe siècle, a disparu aujourd’hui. Recul de la religiosité ? Sans doute. Le volatile que l’on place désormais dans nos crèches est un joli colombidé blanc, plutôt assimilé à la Colombe de la Paix.
Dans les collines qui servent de décor, on croise aussi de la sauvagine. Traditionnellement, la faune sauvage de nos crèches est celle apparentée à la chasse : sangliers, lièvres, faisans ; ou à l’environnement camarguais : taureaux à demi sauvages, flamands roses, canards et oies sauvages.

Jusqu’à très récemment, il n’y avait pas de loup dans la crèche, pas de renard, pas de carnassiers, pas de rapaces… L’explication : dans les contes et le folklore, qui traduisent l’âme populaire, ces animaux sont en général considérés comme « diaboliques » et n’avaient donc naturellement pas leur place dans la sainte crèche. L’extension des crèches paysages, l’atténuation de la fonction religieuse et la concurrence entre santonniers font que ces animaux sont apparus ces dernières années (chouettes et hiboux, renards, loups…).

Les accessoires

Moulins, pigeonniers et autres accessoires. Taureau de Camargue. Santons Richard. Aix-en-Provence. Photo Serge Panarotto.

Santons Richard. Aix-en-Provence.

Les plus courants, présent dès les origines, sont les petites bâtisses caractéristiques des campagnes provençales : les moulins à vent (plus rarement les moulins hydrauliques) et les pigeonniers tours, rondes, le plus souvent, ou carrées. Le petit pont de pierre, les fontaines et les lavoirs, les oratoires, les cyprès, tous ces petits décors ornent depuis longtemps nos crèches. Ces dernières années, on assiste à une grande diversification. Les bories, ces cabanons en pierres sèches qui parsèment les collines calcaires et les hauts plateaux de Provence ont beaucoup de succès. Des pièces plus importantes en terre cuite sont apparues : chapelles rurales, petits mas, glacières, fours à pain…